Ce n’est pas de ta faute, maman.
- Selene De Beaumont
- 15 oct.
- 2 min de lecture
Ce n’est pas de ta faute, maman.

La veille, on avait parlé longtemps, toutes les deux.
Je lui avais dit que l’amour d’un parent n’était pas un effacement. Que c’était inconditionnel, oui — mais pas absolu au point de se renier. Je lui avais parlé de ma propre mère, de ce sentiment de dette que je portais encore malgré les années, de ces appels répétés que je j'avais fait plus par devoir que par envie. Et je lui avais dit que moi, je ne voulais pas ça pour elle. Que si un jour elle m’appelait, même rarement, je préférais que ce soit par envie, pas par culpabilité.
Je lui avais dit : « Ce que je te donne, c’est la liberté d’être toi. »
Et puis, le lendemain, c’est elle qui m’a prise dans ses bras. J’étais dans le spa, les bulles pour couvrir un peu le tremblement de mes larmes. Je venais de recevoir une mauvaise nouvelle que j'attendais depuis des semaines. Je croyais être seule. Elle est arrivée sans bruit, s’est penchée sur moi, a glissé ses bras dans l’eau. Elle m’a serrée fort, longtemps.
Et quand j’ai essayé de ravaler, de respirer vite pour me calmer, elle a murmuré :« Tu sais, tu peux pleurer. »
Je lui ai dit que je m’en voulais. Que j’aurais voulu la rassurer, lui donner plus de réponses, être déjà sortie du tunnel professionnel et matériel. Que j'avais envie de travailler. Que ce n’était pas juste, ce système, cette lenteur, ces différences avec le privé.
Et elle a répondu simplement :« Ce n’est pas grave. Ce n’est pas de ta faute, maman. »
Alors j’ai pleuré, vraiment. Pour la première fois, je pense.
Et je crois que dans ce moment-là, quelque chose s’est réparé. L’enfant que j’étais encore un peu s’est apaisée dans les bras de la fille que j’ai élevée.
Le cercle s’est refermé doucement, dans l’eau chaude, entre deux souffles. Un mot soufflé: "Merci".
Ces deux bras-là, ils ont eu un souffle d’éternité, et de guérison pour mon petit cœur meurtri.
Selene










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