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La tendresse sans mots


La tendresse sans mots

Le gardien
Le gardien

Il y a des matins où la douceur vient sans prévenir.

Pas d’appel, pas de bruit, juste une présence qui s’impose, comme un baume.

Un poids sur le ventre, une chaleur contre la peau, une respiration mêlée à la nôtre.

On ne sait plus très bien où commence le corps, où finit la solitude.

On se laisse faire, on accueille, on ferme les yeux.


C’est dans ce silence-là que j’ai compris : l’amour ne parle pas toujours notre langue.


Il s’exprime parfois dans le souffle d’un être qui ne demande rien,

mais qui vous offre tout — simplement en étant là.



À toi, mon gardien silencieux


Ce matin,

tu es venu te coucher sur mon ventre,

sans prévenir.

Comme on dépose une promesse.


La chaleur de ton corps est entrée dans le mien.

Sous toi, mon souffle est devenu plus lent,

plus profond.

Tu permettais à ma respiration

de descendre plus bas, plus vrai,

jusque dans ce lieu où le cœur se cache,

chassant le froid logé dans mes côtes,

remplaçant l’absence par un rythme —

celui d’une vie qui ne demande rien.


Ton corps disait : je suis là.

Et mes bras, d’instinct,

t’ont enveloppé

comme on enlace un arbre pour s’y ancrer.


Ta peau tiède contre la mienne,

ton souffle glissant sur ma peau nue,

un courant d’air doux, presque humain.


Ta petite langue,

travailleuse et souple,

a effleuré mes cuisses

comme une pulsion de vie revenue d’ailleurs.


Puis, dans un soupir

qui paraissait sortir d’une grotte,

tu t’es allongé contre moi —

de tout ton long,

repus d’avoir donné,

rassasié d’avoir pris.


Un frisson de reconnaissance

s’est promené sur les rives de mon cœur,

ivre de ta tendresse.


Quand tu t’es étendu vers la fenêtre,

baigné de lumière,

mon ventre est resté léger,

non plus vide,

mais allégé de ta douceur.


Alors seulement j’ai souri —

parce que tu n’es pas un homme,

mais mon chien,

et peut-être celui qui, ce matin,

a le mieux compris mes silences.


Et dans cette présence muette où tu veilles,

je sais que même la solitude

a ton odeur.



Nos animaux savent ce que nous oublions parfois :


comment apaiser sans parler,

comment aimer sans attente,

comment veiller sans promesse.


Ils nous apprennent la lenteur, l’écoute du vivant, et la beauté d’un silence partagé.


Leur présence est un ancrage, une respiration du monde.


Ils nous rappellent que la tendresse n’est pas un luxe

— c’est une manière d’habiter la vie.


Selene

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