Quand un regard rencontre un autre regard
- Selene

- il y a 2 jours
- 2 min de lecture
Quand un regard rencontre un autre regard
Il existe des cadeaux qui arrivent sans prévenir.
Il y a quelques semaines, j’étais assise sur ces marches de pierre, dans cette lumière de fin de journée que j’aime tant. Une lumière douce et dorée, presque ancienne, qui glissait sur les murs, les arbres et les souvenirs.
Je ne pensais pas écrire un poème.
Je ne pensais certainement pas qu’un jour quelqu’un peindrait cet instant.
Pourtant, quelque chose s’est déposé en moi ce soir-là.
La pierre.
Le temps.
Le silence.
Cette sensation étrange d’être à la fois solide et fissurée.
Alors les mots sont venus.
La pierre sèche
creuse les paupières du soleil.
Puis les autres.
Comme s’ils avaient toujours été là, cachés dans les murs de cet endroit.
Ce poème, Le masque de pierre, n’est pas né d’un portrait.
Il est né d’un lieu.
D’une lumière.
D’un instant suspendu.
Et puis Samwatercolors a découvert ce texte.
À travers ses pinceaux, il n’a pas simplement reproduit une photographie. Il a retrouvé quelque chose de plus profond : l’âme du moment qui avait donné naissance au poème.
Lorsque j’ai découvert son travail, j’ai été profondément touchée.
Parce qu’il a vu ce que je n’avais jamais expliqué.
La pierre derrière moi.
La lumière qui sculpte le visage.
L’ombre qui partage le regard.
La douceur mêlée à la résistance.
Comme s’il avait remonté le fil jusqu’à la source.
Dans sa publication, il parle d’un dialogue entre mes mots et ses pinceaux.
Je crois qu’il a raison.
Il y a parfois des rencontres artistiques qui se font sans bruit, simplement parce qu’une sensibilité reconnaît l’autre.
Je voulais donc le remercier publiquement.
Pour son regard.
Pour sa délicatesse.
Pour le temps consacré à cette œuvre.
Pour avoir su voir, derrière un visage, les pierres, la lumière et les saisons qui l’habitent.
Et parce que, dans certaines périodes où l’on doute beaucoup de soi, recevoir un tel geste est un véritable baume au cœur.
Merci, Sam.
Et merci d’avoir rappelé à la femme derrière le masque de pierre que la lumière hésite parfois à rester…
… mais qu’elle reste quand même.
Le masque de pierre
La pierre sèche
creuse les paupières du soleil.
Ses rides de calcaire
connaissent le poids des saisons,
le silence des nuits.
Il éclate de rayons,
je détourne le cœur.
Visage minéral
aux reflets d’or.
Mes lèvres gardent
la patience des murs anciens,
mes épaules cachent
des étés que personne ne voit.
Une ombre passe
et dénombre le temps :
une minute,
une lune,
une vie.
Une tempête de souvenirs
hurle sur les marches
maquillées de poussière.
La pierre demeure.
Impassible.
Comme elle,
je laisse le vent me traverser
sans renoncer.
Mon masque de pierre
aux veines douces
me protège.
Pourtant,
sous les fissures invisibles,
l’eau poursuit son ouvrage.
Sous la chair du jour,
un amour indomptable,
immense comme la mer.
Perdu dans ces jardins lunaires,
où la roche garde mémoire
des pas effacés,
où la lumière
hésite encore à rester.
Selene















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