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Tes parents, cette colonne vertébrale : merci (ou pas).

Tes parents, cette colonne vertébrale : merci (ou pas).


Tes parents, cette colonne vertébrale : merci (ou pas).
Tes parents, cette colonne vertébrale : merci (ou pas).

Il y a des héritages invisibles : une absence, une maladie, un silence qui façonne une enfance. J’ai longtemps cru que ma colonne vertébrale avait le visage de ma mère.

Ce texte est l’histoire de ce mensonge, et de la force qu’il m’a pourtant donné.

 


Tes parents, cette colonne vertébrale : merci (ou pas).

Rien ne peut me ramener plus en arrière

que ce vide sans visage.

Un père effacé à deux ans,

Laissant derrière lui une absence,

Qu’on ne peut nommer.

Parti avec une empreinte de veines striées,

laissant une honte en héritage,

et un mot interdit : orpheline.

 

Je suivais ma mère partout,

comme si son souffle était le mien.

Je jouais seule, sous l’œil inquiet des maîtresses,

mais personne ne posait de questions.

Dans la maison,

le silence avait des murs épais,

et moi, une idée fixe :

ne jamais rendre ma mère plus triste

qu’elle ne l’était déjà.


Parfois, l’air lui-même me manquait.

L’asthme s’invitait comme une traduction muette

de tout ce que je n’osais pas dire.


 

Au-dessus de ma tête,

sa maladie planait comme une chape de plomb.

Chaque jour, elle rappelait que la vie pouvait basculer.

J’ai grandi dans cette ombre,

à la fois protectrice et étouffante.

 

 

Elle m’a élevée comme un objet précieux,

une vitrine de ses fiertés.

Mes vêtements, mes cheveux, mes gestes,

tout lui appartenait.

Elle me défendait du monde,

et me défendait de moi.

 

Mes désirs naissants

se sont heurtés à sa colère.

Ma main curieuse est devenue faute,

ma peau coupable,

et mon indignité une seconde peau.

J’ai appris à me taire,

et à vouloir, avant tout,

lui plaire.

 

Je n’avais qu’une mission :

rendre ma mère fière.

 

Plus tard, j’ai gravé ma liberté sur ma peau.

Un tatouage, signe de mutinerie.

Mais mes mots, je ne les possédais pas.

Elle lisait mes cahiers,

elle violait mes secrets.

 

Elle m’a donné des ailes pour les études,

mais pas pour les hommes.

J’ai hérité de son fardeau :

sauver ceux qu’on aime.

 

Elle n’avait pas retenu mon père,

alors j’ai cru que c’était mon destin.

 

Et si ma mission

c’était simplement

de rencontrer quelqu’un

d’aussi vivant que moi ?

 

J’ai construit mon estime dans le travail.

Mais dans l’amour,

je suis devenue la proie des vampires.

Trop de lumière attire trop d’ombres.

 

Puis j’ai eu une fille.

Je lui ai juré :

elle choisira ses habits,

elle pourra être tout ce qu’elle veut.

Même si elle veut être tout sauf moi.

 

Ce n’est pas grave.

En filigrane,

elle porte déjà ma force,

mon sens de la justice,

et cette rage de se tenir debout.

Dans ses yeux, une liberté

que je n’ai pas eue,

celle d’être différente

de tout ce que j’aurais pu attendre.

 

La colonne vertébrale,

je croyais que c’était ma mère.

Mais un jour, le château de cartes est tombé.

Sous ses mensonges,

Et ses manipulations,

je n’ai plus vu qu’une enfant perdue,

ballottée dans ses addictions,

étrangère à sa propre vérité.

 

Et puis il y a ce secret.

Ce fardeau qui ne nous appartient pas,

mais qu’elle a glissé sur nos épaules.

Elle nous l’a tendu comme une dette,

avec l’exigence du silence.


Ma fille et moi en portons désormais les cauchemars.

Un poids qui n’est pas le nôtre,

un poison qui cherche à nous faire taire.

Comme si nous étions coupables

de ce que nous n’avons pas commis.


La mère que je croyais est morte.

Celle qui reste, je ne sais plus comment l’aimer.

Alors je garde le silence,

comme autrefois.

 

Mais cette fois,

il n’étouffe plus.

Il m’appartient.

 

Aujourd’hui je marche avec ma propre ossature,

fragile et indestructible à la fois.

Je suis fille, mère, femme.

Je suis debout.

Et muette pour me protéger.

 


Écrire ces lignes, c’est desserrer l’étau, laisser s’échapper un peu de ce qui ronge en silence. C’est chercher un passage dans l’ombre, un chemin encore invisible, mais qui m’appartient désormais.


Selene

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