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Entre deux gestes, moi

Entre deux gestes, moi

Je suis encore là
Je suis encore là

Je me suis mise au soleil

La vitamine D ne rend pas le bonheur.

Je me suis reposée,

Mais la forme est restée à ma porte.


J’ai marché,

Sans envie d’une autre marche.

J’ai tourné en rond,

Prisonnière d’une sphère sans issue,

Me heurtant sans cesse à des murs invisibles,

Comme une enfant perdue dans son propre cœur.

J’ai cuisiné,

Sans avoir faim.

J’ai bu,

Sans soif.

J’ai été ivre,

Sans la douceur de l’ivresse.

J’ai été prise de désir,

Sans la détente de l’extase.

J’ai été vivante,

Sans me sentir en vie.


J’ai été triste,

Avec ou sans larmes.

J’ai souri,

Derrière un masque.

J’ai dansé,

Pour forcer le temps.

J’ai pleuré,

Pour noyer l’attente.

J’ai écrit,

Pour ne pas mourir.


J’ai interrompu le cours de ma vie

Pour retrouver son sens.

Je me suis écoutée

À m’en rendre sourde.

Je me suis parlée

Pour m’aider un peu.

J’ai envoyé des sentiments

Pour protéger l’espoir.


J’ai veillé

Devant un mort.

J’ai chanté

Sans bruit.

J’ai hurlé

Sans écho.

Je me suis tue,

Parce que je ne méritais pas ça.


J’ai voulu disparaître,

Non pas mourir,

Mais m’éteindre un instant,

Cesser de sentir.

C’était une agonie sans fin,

Lente, brûlante, muette.


J’ai connu l’incendie,

La sécheresse,

L’inondation,

Le séisme,

Et le vent hurlant du manque.

Aucune catastrophe naturelle

N’a su effacer ça.

Pas même l’amour que j’ai pour moi

Quand je me bats pour continuer.


Mon courage

Méritait une volonté.

Mon amour

Méritait un aveu.

Ma patience

Méritait un risque.

Ma constance

Méritait une vulnérabilité.

Ma solidité

Méritait une confiance.


Et plus que tout,

Notre passé

Méritait une vérité.

Et ce que j’ai donné,

Méritait un respect.


Ce matin,

J’ai travaillé des heures,

Comme avant.

Mais ce n’était pas vraiment comme avant.

C’était pour tenir debout.

Pour faire passer la journée.

Pour rester en vie.

Ma fille m’a regardée et m’a dit :

Mais qu’est-ce qui t’arrive ?

Et j’ai répondu :

Ça… c’est moi.

Le reste, cette absence,

Ce n’était pas moi.


Je me retrouve à peine,

Dans la poussière des jours.

Mais entre deux gestes,

Quelque chose s’est relevé.

Et je me suis dit :

Je suis encore là.


Selene

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