Entre deux gestes, moi
- Selene De Beaumont
- 21 mai
- 2 min de lecture
Entre deux gestes, moi

Je me suis mise au soleil
La vitamine D ne rend pas le bonheur.
Je me suis reposée,
Mais la forme est restée à ma porte.
J’ai marché,
Sans envie d’une autre marche.
J’ai tourné en rond,
Prisonnière d’une sphère sans issue,
Me heurtant sans cesse à des murs invisibles,
Comme une enfant perdue dans son propre cœur.
J’ai cuisiné,
Sans avoir faim.
J’ai bu,
Sans soif.
J’ai été ivre,
Sans la douceur de l’ivresse.
J’ai été prise de désir,
Sans la détente de l’extase.
J’ai été vivante,
Sans me sentir en vie.
J’ai été triste,
Avec ou sans larmes.
J’ai souri,
Derrière un masque.
J’ai dansé,
Pour forcer le temps.
J’ai pleuré,
Pour noyer l’attente.
J’ai écrit,
Pour ne pas mourir.
J’ai interrompu le cours de ma vie
Pour retrouver son sens.
Je me suis écoutée
À m’en rendre sourde.
Je me suis parlée
Pour m’aider un peu.
J’ai envoyé des sentiments
Pour protéger l’espoir.
J’ai veillé
Devant un mort.
J’ai chanté
Sans bruit.
J’ai hurlé
Sans écho.
Je me suis tue,
Parce que je ne méritais pas ça.
J’ai voulu disparaître,
Non pas mourir,
Mais m’éteindre un instant,
Cesser de sentir.
C’était une agonie sans fin,
Lente, brûlante, muette.
J’ai connu l’incendie,
La sécheresse,
L’inondation,
Le séisme,
Et le vent hurlant du manque.
Aucune catastrophe naturelle
N’a su effacer ça.
Pas même l’amour que j’ai pour moi
Quand je me bats pour continuer.
Mon courage
Méritait une volonté.
Mon amour
Méritait un aveu.
Ma patience
Méritait un risque.
Ma constance
Méritait une vulnérabilité.
Ma solidité
Méritait une confiance.
Et plus que tout,
Notre passé
Méritait une vérité.
Et ce que j’ai donné,
Méritait un respect.
Ce matin,
J’ai travaillé des heures,
Comme avant.
Mais ce n’était pas vraiment comme avant.
C’était pour tenir debout.
Pour faire passer la journée.
Pour rester en vie.
Ma fille m’a regardée et m’a dit :
Mais qu’est-ce qui t’arrive ?
Et j’ai répondu :
Ça… c’est moi.
Le reste, cette absence,
Ce n’était pas moi.
Je me retrouve à peine,
Dans la poussière des jours.
Mais entre deux gestes,
Quelque chose s’est relevé.
Et je me suis dit :
Je suis encore là.
Selene










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