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Je parle depuis moi… laissez-moi finir ma phrase…

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    Selene
  • il y a 11 minutes
  • 2 min de lecture

Je parle depuis moi… laissez-moi finir ma phrase…


Je vais finir par écrire un mode d’emploi.

À chaque fois qu’une femme parle de son désir, il semble qu’un homme quelque part ressente le besoin de préciser : « Oui, mais la réciproque est vraie. »


Merci.

Vraiment.

Nous l’ignorions totalement.


À chaque fois que j’écris :

Je pense à ta bouche.

on me rappelle que les femmes aussi peuvent faire des choses avec la leur.


Quand j’écris :

Quoi de plus doux pour un homme que d’être livré aux caprices d’une femme ?

On me répond :

« Oui, mais l’inverse aussi. »


Quand je parle des mains d’un homme, il faut qu’on m’explique que les femmes peuvent elles aussi provoquer le désir, ou qu’on détourne immédiatement le sujet vers le fantasme de celui qui commente.


Et à chaque fois, j’ai la même envie :

Mais qui a dit le contraire ?

À quel moment ai-je écrit que le désir masculin n’existait pas ?

À quel moment ai-je affirmé qu’il n’y avait qu’une seule façon d’aimer, de désirer, de jouer, de se perdre ?


Je n’ai jamais prétendu que les hommes n’avaient pas de bouche, de mains ou de fantasmes.

Je dis simplement quelque chose depuis mon point de vue.

Et ce qui m’étonne, c’est que cela semble parfois suffire à créer un inconfort.


Comme s’il fallait immédiatement rééquilibrer.

Nuancer.

Rappeler.

Défendre le steak.


Comme si une femme qui dit :

« Je pense à ta bouche. »

était en train de déposséder les hommes de la leur.

Comme si le simple fait qu’une femme parle depuis son désir devenait une négociation.


Pourtant, je vous rassure : nous savons.

Nous savons ce que les hommes désirent.


Nous avons grandi dans des chansons qui nous l’ont expliqué.

Dans des films qui nous l’ont montré.

Dans des livres qui nous l’ont raconté.

Nous avons appris très tôt à nous regarder à travers leurs yeux.


Alors pardonnez-nous si, parfois, nous avons envie de regarder à travers les nôtres.

Et d’aller jusqu’au bout de notre phrase.

Sans astérisque.

Sans « oui, mais ».

Sans devoir préciser que toutes les formes d’amour existent, que tous les désirs sont légitimes, que les hommes aussi ont des émotions, que la réciproque est possible.


Je le sais déjà.

Nous le savons déjà.


Ce n’est simplement pas le sujet.


Je ne parle pas contre vous.

Je ne parle même pas forcément de vous.

Parce qu’au passage, ce besoin de ramener immédiatement ces textes à un homme est lui-même révélateur. Qui vous dit que j’écris forcément à un homme ? Qui vous dit que je parle à quelqu’un de réel ? À une personne précise ? À une absence ? À un souvenir ? À un fantasme ? À une sensation ?


Je parle depuis moi.

Et peut-être qu’au fond, c’est cela qui dérange encore un peu.

Qu’une femme cesse, quelques instants, d’être seulement celle qu’on regarde.

Pour devenir celle qui regarde.

Celle qui choisit.

Celle qui désire.

Celle qui raconte.

Selon ses propres codes.


Alors, de grâce.


Laissez-nous parfois terminer nos phrases sans venir nous rappeler que vous existez.

Je vous promets que nous n’avons jamais oublié.

Selene


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