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Je sors du jeu.

Je sors du jeu.


Je sors du jeu
Je sors du jeu

Je refuse de jouer ce jeu. Je n'accepte plus ses paroles.


Celui où elle endosse tour à tour le rôle de victime, de sauveuse, de bourreau (sous couvert de bienveillance).

Celui où l’aide devient reproche, où l’écoute devient surveillance, où la parole devient contrôle.


Elle dit qu’elle s’inquiétait pour moi …

Non. Elle scrutait, elle jugeait, elle interprétait, elle datait selon son code personnel.

Elle m’a disséquée à distance, sans jamais me tendre une main vraiment ouverte.

Juste des sous-entendus, des conseils déguisés, des opinions glissés entre deux lignes.

Et quand je n’ai pas plié, elle a tranché par ses habituels diagnostics méticuleux.


J’étais déjà passée sur des mots blessants, sur des gestes qui m’avaient laissé un goût amer.

Je n’ai pas oublié ma peine, mais j’ai fait de mon mieux pour pardonner, en silence.

Sauf qu’aujourd’hui, la coupe est pleine.

Et j’ai pris conscience, clairement, que ce n’était pas le type d’énergie que je voulais dans ma vie.


Le genre bien-pensant, froid, qui oublie son propre parcours relationnel, ses propres chutes, mais que j’ai eu la correction de ne pas juger, en retour de bâton, avec un relevé clinique.


Est-ce que cela veut dire que je pense que tout est parfait?

Non.

Aurais-je agi comme elle?

Pas toujours, non.


Mais moi, je ne me serais jamais permise de poser ce regard-là et cette posture d'autorité sur "ce qu'il convient de". Parce que tout le monde a son propre parcours, son propre rythme, ses propres blessures.


De quel droit ?

Je vais répondre.

Aucun.


Elle s’est installée dans l'habit, avec moultes médailles, de celle qui sait : la bonne amie, la morale en bandoulière, la psychologue, le guide relationnel.


Elle prétend qu’on est différentes, qu’on ne se comprend plus. Ou plutôt que malgré nos différences, et il faut voir la superbe liste qui m’incombait, (j’ai à la fois ri et hurlé intérieurement), elle, elle sait m’apprécier et m’accueillir. Moi non.


Moi, je crois surtout qu’elle n’a jamais toléré que je ne réagisse pas comme elle voulait ou l’aurait fait. Que je ne sois pas le style d'amie qui a le même rythme qu'elle. Que je sois libre...


Elle appelle ça de la franchise ? C’est de l’analyse camouflée.

Elle appelle ça de l’amitié ? C’est une mise sous tutelle émotionnelle.


Mais où était-elle vraiment ?

Je me souviens lui avoir demandé de venir chez moi.

Il a fallu des mois avant qu’elle n’accepte.

Parce que ce n’était pas le cadre qu’elle avait choisi : elle voulait sortir, danser, se distraire.

Mais moi, j’avais besoin de simplicité, de présence, et je l’avais exprimé.


Et plus le temps passait, plus je me refermais à elle, parce que je sentais son regard peser, parce que je voyais la case où elle voulait me garder : la copine des soirées, celle avec qui on rit quelques heures.

Mais pas celle qu’on écoute vraiment. Pas celle qu’on découvre en profondeur sans jugement. Pas celle à qui on accorde du temps qui a du sens.

Elle n’avait pas idée de mes possibilités, je crois, et plus j’apercevais sa façon de disséquer les autres, moins j’avais envie de me montrer.


Je ne suis pas une élève à recadrer ou à qui il faut enseigner des choses. Je ne suis pas un personnage dans son scénario. J’avais juste envie de présence douce.


Je ne quémande pas l’amitié. Je la vis. De façon libre et impliquée émotionnellement malgré tout. Et quand elle devient un espace de tension, de contrôle, de rapports de force ou de domination douce, je m’en vais.

Et là, mes émotions étaient confuses, je ressentais une forme de regard ou d'envie contrariée sur ma liberté, une forme de compétition sourde et muette que je n'aimais pas.


Alors, j'espère qu'elle comprendra qu'il est inutile de continuer à décortiquer mes faits et gestes à distance, d’attendre que je réussisse ou que je me plante. De poser de nouveaux diagnostics sur mon état d’avancée émotionnelle, professionnelle, amoureuse, d’établir des graphiques à double ou triple entrées.


Cette scène ne lui appartient plus.

Et désormais, elle n’a plus de place dans mon histoire. Elle est allée trop loin.


Elle sera sans doute vexée de ces mots qu’elle semble suivre avec assiduité. Qu’elle se rassure : je n’ai pas la notoriété qu’elle imagine, et son prénom n’est écrit nulle part.

Elle pourra garder intacte son image impeccable — celle de la personne inspirante, courageuse, énergique, celle que tout le monde écoute, ce masque lisse que je ne pouvais plus admirer. Et avec lequel je ne trouvais plus de lien véritable.



Selene

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