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Le temps guérit tout — et autres mensonges bien intentionnés

Dernière mise à jour : 11 juin

Le temps guérit tout — et autres mensonges bien intentionnés


Merci mais non merci.

On a tous entendu ces phrases. Celles qu’on balance après une rupture comme on jette une bouée à la mer. Celles qu’on croit réconfortantes. Mais qui, dans un cœur qui saigne, sonnent comme des gifles.

"Le temps fera les choses."

"Tu mérites mieux."

"Tu verras, dans six mois tu en riras."

Merci, mais non merci.

Aujourd'hui, j’ai essayé

J’ai répondu à un message sur une appli.

Mais en filigrane, une fatigue. Fatiguée de devoir faire semblant que ça m’intéresse. Fatiguée d’ouvrir un tout petit espace, et qu’on s’y essuie les pieds avec des questions débiles. Fatiguée de répéter d’y aller doucement — alors que j'ai prévenu de ne pas aller trop vite.

Et pendant ce temps, lui…

Lui, il s’éloigne encore. Pas un mot depuis neuf mois. Je sais qu’il respire, qu’il existe, qu’il rit peut-être. Et je chasse tant bien que mal les autres images qui me font monter la nausée. Et moi, j’essaie. J'essaie aussi pour rétablir intérieurement une justice.

J’essaie de vivre malgré l’absence. De jardiner. D’écrire. De retrouver un semblant de goût aux rencontres. Mais la vérité, c’est que je ne suis pas encore capable d’aimer quelqu’un d’autre. Pas comme ça. Pas encore.

On me dit que je devrais tourner la page. Que je devrais "lâcher prise". Que c’est une chance, une étape, une libération.

Mais ce que je ressens, c’est que j’ai lâché…Et que maintenant, c’est le vide qui me tient.

Je n’ai pas besoin qu’on me dise que j’irai mieux. Je le sais déjà. Mais ce soir, je ne respire même pas.

J'ai donc répondu à ce message et j'ai accepté une conversation téléphonique.

Il avait une voix douce, un ton gentil, un accent dépaysant.

On a parlé.

Longtemps.

50 minutes.

Fluide.

Poli.

Rassurant.

Presque charmant.

La tête sur les épaules.

Il élevait seul sa fille (pas forcément la situation que je préfère, je veux retrouver ma liberté, mais je n'avais pas vu tant je prête attention...).

Il avait trois jobs. Des points communs. Il me faisait presque rire ou c'était plutôt l'inverse...

Et moi… Brutalement, j’ai fui. En prétendant que ma fille m’appelait, que ça devait être urgent, 3 appels en absence. Faux, archi faux.

J’ai paniqué. Pas parce qu’il n’était pas bien. Pas parce qu’il était désagréable.

Mais parce que je n’étais pas là. Parce que mon cœur, lui, n’était pas prêt.

Et qu’il me manquait encore — l’autre.

Lui, que je ne veux plus attendre, mais qui est resté planté dans ma peau comme un clou rouillé.

Alors non. Le temps ne guérit pas. Il use, il frotte, il endort parfois. Mais il ne guérit pas.

Ce n’est pas un baume. C’est un silence.

Et ces phrases toutes faites qu’on me balance comme des pansements secs ? J’y réponds désormais autrement. Pas par colère. Mais parce que je me dois, au moins, cette honnêteté-là. Merci mais non merci.


Et quand il a proposé un verre ce soir, j’ai répondu :

Je suis avec ma fille ce soir. Une autre fois, avec plaisir.

Ce plaisir, je ne sais pas encore si je pourrai l’assumer. Plutôt je ne pense pas le ressentir. Mais il le méritait. Il n'a rien à voir avec ça.

Parce qu’en vérité, je suis encore habitée. Par l’autre. Celui d’avant. Celui d’encore.

Et chaque fois que quelqu’un d’autre m’approche, j’ai l’impression de lui voler quelque chose. De trahir un serment silencieux. D’ouvrir un corps qui ne m’appartient pas vraiment.

Ce n’est pas romantique. Ce n’est pas tragique. C’est juste la réalité d’un cœur qui ne sait plus très bien comment passer à autre chose. Et qui s'en veut d'en être là. Encore plus, dans l'indifférence et le mépris ouvert.

Et puis, je n'ai rien à venger, rien à gagner, juste le sentiment que gagner quelque chose, serait perdre quelque chose d'encore plus précieux.

Et le sentiment de ne pas être à ma place, dans le bon échange, avec la bonne personne.

L'impression de faire, parce qu'il faut faire pour aller mieux, pour voler des sourires et des plaisirs oubliés. Pour voler un peu de tendresse à la rigueur du temps qui passe.


Rien ne se brise comme un cœur



On peut survivre à tout.

Aux disputes.

Aux silences.

Aux promesses mal tenues.

Aux trahisons d'âmes.

On apprend à respirer dans le manque.

À vivre autour du vide.

Mais rien… rien ne se brise comme un cœur.

Tu crois que tu as tout encaissé.

Tu continues ta vie,

tu fais des listes,

tu paies des factures,

tu souris aux gens.

Et puis un jour,

tu tombes sur une chanson.

Une odeur.

Une image.

Et ton cœur se rappelle qu’il saigne encore.

Ce n’est pas de la dépendance.

Ce n’est pas de la faiblesse.

C’est juste que quand on a aimé vrai,

on ne peut pas simplement “passer à autre chose”.

Pas comme ça.

Pas sans laisser une part de soi derrière.

Mais je sais ce que j’attends maintenant.

Quelqu'un qui prendra le risque d’être nu.

D’être vrai.

Et responsable.

Un regard droit.

Une main qui se fend.

Un cœur qui avoue — et qui ne tremble pas.

Un genoux qui se pose,

devant la vérité.

Je crois qu’on dit : un homme.


Alors non, “le temps guérit tout” n’est pas une vérité.

C’est une formule creuse, qu’on se répète pour survivre. Mais le temps ne guérit pas : il ensevelit. Il ensevelit l’amour, le chagrin, le désir…Il nous pousse à sourire quand on n’en a pas envie. Il nous pousse à dire oui, à répondre à des messages, à accepter des appels — alors qu’on a juste envie de se taire ou de courir.

Il ne répare rien. Il recouvre.

Et derrière les jolis mots, derrière les “tu mérites mieux” ou les “ça ira mieux demain”, il y a une vérité que personne ne dit :

Parfois, on n’a pas besoin de consolation.

On a besoin qu’on entende que c’est encore douloureux. Et que ça a le droit de l’être.

Parce que rien ne se brise comme un cœur. Et rien ne s’apaise sous les clichés.

Alors merci, vraiment. Mais non merci.


Selene

2 commentaires


Je ne dirai rien de plus que vous êtes totalement dans le vrai...

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selene
selene
23 juin
En réponse à

Et moi j’avoue, j’adore qu’on soit d’accord avec moi 😌

(Encore plus quand c’est dit avec autant de grâce…)

Merci d’être là, au cœur du voyage..

Selene

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