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Les ruptures dans le système

Les ruptures dans le système


La nuit dernière, j’ai rêvé que ma mère et ma tante étaient avec moi dans ma voiture.

Ma tante voulait conduire, mais sans vraiment voir la route. Elle tenait une télécommande depuis l’arrière, comme si tout cela était un jeu.

Ma mère, elle, ne s’en inquiétait pas.


Moi, si.


J’essayais de reprendre le volant, de fixer mon siège au sol — difficilement.

Ma mère essayait de m’aider, mais elle s’y prenait mal, ne comprenait rien au système.

J’ai fini par y arriver. J’ai repris la conduite.

Mais j’ai rapidement compris qu’on allait tomber dans un fleuve.


Avant la chute, j’ai ouvert la fenêtre.

Je suis sortie.

Elles, non.


J’ai crié, demandé de l’aide.

Personne ne bougeait.

Aucune panique.


Alors j’ai demandé un marteau,

et j’ai sauté dans l’eau.


J’ai brisé la vitre.

Je les ai sorties, l’une après l’autre.

Ma tante titubait déjà, incohérente.

Ma mère, j’ai dû lui faire un massage cardiaque.

Puis elle s’est relevée à son tour, désorientée, bafouillant des phrases sans sens.



Ce rêve est venu la nuit d’un rituel de pleine lune.

J’avais écrit une lettre à la culpabilité.

Je l’ai déchirée, puis brûlée.


J’y avais confié tout ce qui pesait depuis trop longtemps :

la dette invisible qu’on m’a apprise,

le devoir filial répété comme une menace,

les phrases qu’on brandit pour faire peur :


“Tu t’en voudras quand je ne serai plus là.”


Je m’en suis libérée.


Et au matin, le réel a répondu.


Un appel.

Mon oncle.

Des vérités qu’il ignorait.

Des fils qu’il va, lui aussi, tirer.


Les secrets n’en sont plus.

Les masques vont tomber.


Et je sais que ça va secouer.

Les systèmes familiaux se défendent toujours avant de s’effondrer.

Mais je sens que c’est nécessaire.

Un point de bascule, enfin.



Ce rêve me l’a montré clairement : je peux aimer sans me sacrifier et reprendre les rênes de ma vie sans le poids du passé.

Je peux sauver sans me perdre.

Je peux tendre la main sans replonger.


Prendre le volant, c’est parfois déranger tout un équilibre. Mais c’est la seule façon de ne plus être entraînée dans le courant des peurs et mensonges hérités.


Je ne veux plus conduire ma vie à travers leurs blessures. Je veux simplement avancer, consciente, ancrée, libre.


Et peut-être que c’est ça, être une rupture dans le système : ne pas renier d’où l’on vient, mais oser réécrire la route.


Même si ça tremble.

Même si ça dérange.


Parce que la vérité, elle, ne se noie jamais.


Selene

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