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Là où l’humanité vacille

Là où l’humanité vacille

Main tendue dans le vide

Il fut un temps où je croyais que l’humanité se mesurait dans nos actions. Dans nos gestes concrets, dans ce que nous donnions ou refusions de donner. J’ai longtemps pensé que la violence se nichait dans l’acte, dans la décision, dans le mouvement, dans ce qui laisse une trace visible. J’ai cru que l’erreur était un point de bascule, un instant où l’on trébuche, où l’on se trompe, et qu’il appartenait à l’autre d’en juger la gravité.


Et puis, j’ai découvert une autre forme de violence. Une violence qui ne frappe pas, qui ne crie pas, qui ne se débat pas. Une violence qui s’étire dans l’absence, dans l’oubli prémédité, dans l’effacement délibéré de l’autre. Une violence extrême à vivre.

Un jour, quelqu’un m’a jugée sur mon humanité. Il m’a dit qu’il ne lèverait jamais la main sur un autre être humain, même un ennemi. Que lui, contrairement à moi, était incapable d’infliger une douleur. J’ai accepté ce jugement, parce que j’ai cru qu’il était fondé. J’ai cru qu’il était légitime de douter de moi, de ce que je pensais offrir, de ce que je croyais comprendre. J’ai voulu prouver que mon humanité ne méritait pas d’être remise en cause, que ma main tendue valait autant que celle qui refuse de frapper.

Mais ce que ce jugement ne disait pas, c’est que cette main qui, avait blessé, l’avait fait dans un contexte bien particulier. Un contexte que lui-même avait porté, accepté, recherché (voir épisodes). Une dynamique où le consentement et l’échange étaient au cœur de chaque geste. Pourtant, au moment qui lui appartient, cette réalité-là s’est effacée pour ne laisser place qu’au verdict. Comme si la complexité d’une relation pouvait être réduite à une simple sentence.


Mais aujourd’hui, je m’interroge. Qui est véritablement humain ? Celui qui admet son erreur, qui demande pardon, qui veut réparer ? Ou celui qui choisit de disparaître, d’effacer, de rayer, comme si l’autre n’avait jamais existé ? J'imagine que ce sont les deux.

Cela fait sept mois que je questionne, que je décortique, que je remonte le fil de cette histoire. Pour moi, c’était un véritable chemin de croix, un parcours de rédemption où je devais avant tout me pardonner à moi-même. Je ne me suis pas contentée de me dire "il a tort, j’ai raison." J’ai retourné chaque pierre, chaque instant, chaque mot échangé. J’ai affronté mes propres ombres, j’ai reconnu mes erreurs, et je ne me cache pas derrière un silence commode. Ce chemin, il n’est pas terminé. Mais il est réel. C’est la route d’un être humain qui cherche à comprendre.


Et dans cette quête, je me souviens. Je me souviens d’une autre relation, d’un autre homme qui, lui aussi, m’a blessée. Lui, j’ai su lui donner trois chances. Quatre peut-être. J’ai cru à ses mots, à ses promesses de changement. Mais chaque chute a emporté avec elle une part de ma confiance. Jusqu’au jour où il n’y avait plus rien à sauver. L’amour ne meurt pas toujours d’un coup. Parfois, il s’effiloche, il s’érode à force de trahisons et de déceptions, jusqu’à disparaître entièrement. Aujourd’hui, cet homme est toujours là, il parle de renaissance, il voudrait encore que je croie en lui. Mais c’est fini. Ce n’est pas une décision brutale. C’est un état de fait. Le crédit de chances s’est épuisé.


Alors, aujourd’hui, je me demande : ce que je ressens en cet instant clé de ma vie, est-ce le début d’un détachement similaire ? Mon cœur, qui saigne encore, finira-t-il par se vider entièrement de cette douleur ?

Le jugement est facile. Il est facile de condamner l’autre sur des actions dont il n'avait pas conscience, de ne pas chercher à comprendre ce qu’il portait en lui à ce moment-là. Il est facile de se retrancher derrière sa propre blessure, de dire "je prends du recul parce qu’on m’a trop fait de mal." Mais l’humanité, ce n’est pas une ligne droite. C’est une danse d’erreurs et de rédemptions, de blessures et de réparations. D'ailleurs, il a su pardonner à d'autres. Et il a su s’engager pour d’autres.

Et c’est là que réside la plus grande ironie. L’homme qui se disait incapable de blesser a laissé derrière lui un champ de ruines. Pas par colère. Pas par méchanceté. Par silence.

Ne pas répondre à un ennemi, je ne trouve pas ça juste. Il faut pouvoir se défendre, se respecter assez pour poser des limites. Car l’absence n’est pas une preuve d’humanité. C’est parfois juste une fuite.


Alors, je pose la question : où se trouve la véritable cruauté ? Dans la main qui, un jour, s’est trompée ? Ou dans celle qui, aujourd’hui, refuse d’exister ?


Et toi, qu’est-ce qui te semble inhumain chez les autres ? Est-ce la faute commise, ou l’absence de rédemption ? Est-ce l’erreur avouée, ou le silence qui l’enterre ? À quel moment, selon toi, l’humanité vacille ?


Selene

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