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On parle souvent du feu. Beaucoup moins de l’attente.

  • Photo du rédacteur: Selene
    Selene
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

On parle souvent du feu. Beaucoup moins de l’attente.

L’attente face à un incendie
L’attente face à un incendie

Il y a dix jours, je pensais que les incendies étaient surtout des flammes.

Je me trompais.

Les flammes, on les voit à la télévision.


L’attente, elle, ne se montre presque jamais.

Et ne se dit pas.


Depuis hier, je vis les fenêtres fermées.

Je coupe la climatisation parce que l’on me conseille de ne pas faire entrer l’air extérieur. Alors la maison se réchauffe. Les murs semblent retenir la chaleur. Le silence devient lourd. Je regarde dehors. Les cendres tombent du ciel. Elles se déposent doucement sur la terrasse, comme un rappel que quelque part, quelqu’un est en train de tout perdre. Et que le danger n’est jamais loin.


Puis il y a cette sonnerie.


Le FR-Alert.


Je crois que je ne l’oublierai jamais.

À partir du moment où on l’a entendue une première fois, elle ne ressemble plus à une simple notification. Elle traverse le corps. Elle annonce qu’il faudra peut-être partir. Vite. En pleine nuit. Et cela fait 10 jours qu’elle sonne beaucoup trop régulièrement.

La première fois que je l’ai entendue, je n’ai même pas lu le contenu du message, j’ai préparé mes affaires et mes animaux et je suis partie dans un souffle d’angoisse. Et j’ai erré sur les routes, ne sachant pas où m’arrêter avec les chiens, la chaleur et surtout ce malaise au fond du ventre.

Je n’avais même pas compris le fonctionnement. Les réseaux sociaux diffusaient des informations contradictoires. Mon corps a simplement réagi avant ma tête.

Ensuite j’ai tenté de m’organiser face à mon désordre intérieur.


Alors j’ai préparé un sac.

Les papiers.

Quelques vêtements.

Les médicaments.

Quelques souvenirs auxquels je tiens.

J’ai réfléchi aux chiens, au chat et j’ai laissé un nécessaire pour eux dans la voiture en permanence.

À ce qu’il faudra laisser derrière moi.

À ce que j’emporterais si la maison n’était plus qu’une trace quelques heures plus tard. Et c’est étrange de découvrir qu’au fond, il y a très peu de choses que l’on emporte vraiment.

On peut renoncer à presque tout.

Ce qui me ferait le plus mal c’est la maison en elle-même parce que c’était mon rêve.



Et puis… on attend.


On ne dort pas vraiment.

On écoute le vent.

On scrute les fumées dans le ciel, leur couleur, on s’improvise analyste.

On regarde les cartes.

Les communiqués.

Les applications.

On se demande si la fumée va entrer.

Si le feu va changer de direction.

Si cette nuit sera la bonne.



Je crois que le plus difficile n’est pas toujours le danger. C’est de vivre plusieurs jours avec l’idée qu’il pourrait arriver.

Je découvre aussi quelque chose de plus intime.


J’ai peur.

Et je suis seule.


Dans ces moments-là, je comprends que ce qui me manque le plus n’est pas une solution.

C’est une présence.

Des bras autour de moi.

Quelqu’un qui me dirait simplement :

« Tout va bien se passer. »


Peut-être que demain, le feu sera fixé.

Peut-être qu’il repartira.

Je n’en sais rien.


En attendant, je manque parfois d’air entre mes propres murs quand ces pensées s’entrechoquent.


Et je sais seulement que des milliers de personnes vivent aujourd’hui avec cette fatigue invisible. Celle qui ne laisse aucune trace sur la peau mais qui épuise le corps, l’esprit et le sommeil.


Alors, au milieu de cette attente, il ne me reste qu’une certitude.

Une immense gratitude.

À toutes celles et ceux qui, pendant que nous fermons nos volets et préparons nos sacs, avancent vers les flammes.

À ces femmes et ces hommes qui risquent leur vie pour protéger la nôtre.


Merci.

Simplement.

Merci.


Selene

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