Pierre après pierre
- Selene De Beaumont
- 29 août
- 2 min de lecture
Pierre après pierre

Il est entré dans ma vie
et je n’ai même pas eu besoin
de lui donner l’adresse.
Il a réceptionné mon cœur
comme s’il avait été livré,
emballé rien que pour lui.
Il l’a posé au creux de ses mains
et en a fait un coussin,
moelleux, tranquille, à sa mesure.
Moi, j’ai repeint mes murs avec son nom,
mes fenêtres sont devenues ses yeux,
et mon souffle s’est accroché à ses mots,
comme un cerf-volant suspendu à une promesse.
Je n’avais plus besoin de couvertures :
il y avait ses bras.
Et je croyais, vraiment,
que cette maison défierait les tempêtes,
bien plus solide,
que celles des contes pour enfants.
Mais les jeunes sentiments
ont parfois la légèreté du foin.
Et quand le vent s’est levé,
Il l’a pris pour une invitation.
Il est parti sur une brise,
sans porte à fermer,
me laissant sans murs, sans toit,
et l’air arraché de mes poumons.
Comme si ma maison n’avait jamais existé.
Alors j’ai dû reconstruire,
pierre après pierre,
les mains nues, dans le froid,
avec les larmes comme seul ciment.
Sans jamais comprendre
pourquoi il avait fui
au premier courant d’air.
Et aujourd’hui encore,
quand mon carillon tinte dans le soleil
et que la lumière danse sur ses reflets,
je devine une ombre,
immobile, cachée derrière les arbres.
Elle ne part pas,
mais elle ne frappe pas non plus.
Moi, je veux juste
que le soleil continue d’entrer dans ma maison,
qu’un jour quelqu’un vienne s’asseoir près du carillon,
et dépose avec moi
de nouvelles pierres.
Je ne veux plus jamais
de maisons de paille.
Je veux une maison qui brave la pluie, l’orage et la guerre.
Une maison où l’on se sent à l’abri du monde,
où l’on rit fort,
où l’on se répare,
où l’on se retrouve.
Je veux une maison qu’on construit à deux,
à la main,
à l’âme,
à l’amour.
Une maison d’où l’on ne part jamais seul.
Seulement ensemble.
Et toujours pour y revenir.
Selene










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