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Quand le cœur continue son travail


Quand le cœur continue son travail

Le baiser
Le baiser

On croit parfois qu’aimer s’arrête quand l’autre s’en va.

Mais le cœur, lui, ne suit pas ce calendrier.

Il travaille encore, longtemps après que tout soit fini.

Même quand la vie circule à nouveau, il poursuit son œuvre en secret : il recoud, il trie, il relie, il répare, il pardonne à sa manière.

Il continue son travail, lentement, obstinément, comme une main invisible qui raccommode ce que la conscience n’a pas su réparer.



Depuis quelques jours, mes nuits sont peuplées de rêves.

Pas des rêves de manque, ni d’espoir — des rêves de travail intérieur, comme si mon inconscient voulait finir ce que la réalité a laissé en suspens.

Mes rêves, eux aussi, s’affairent à réparer mes plaies.


Le premier m’a bouleversée.

J’étais dans un lieu qui lui ressemblait, sans être vraiment le sien.

Un espace suspendu entre deux mondes, familier mais flottant, comme ces maisons de l’inconscient où rien n’est figé.

Il était là, perché au-dessus d’une armoire. Je ne le savais pas tout en le voyant...

Une position étrange, presque absurde, mais terriblement symbolique : comme s’il s’était tenu à distance, observant le monde depuis sa tour intérieure.

Je le voyais, sans peur, sans attente. J'étais au sol attendant que mon téléphone "charge".


Puis il est descendu.

Simplement, calmement.

Ce mouvement de haut en bas a eu la force d’un geste sacré : il quittait la hauteur, le contrôle, le silence.

Il redescendait sur terre, vers moi, vers l’humain.

Je suis restée assise au sol.

Je n’allais plus vers lui. J’étais ancrée, stable, ouverte.

Je sentais qu’un processus se faisait à l’intérieur de moi, comme un “téléchargement”, une mise à jour d’âme.


Il s’est approché, lentement.

Aucune tension, aucune peur.

Il s’est allongé sur le lit, à mon niveau, au départ semblant contrarié. Puis son regard s'est ouvert. Je ne bougeais pas. Il a fini par glisser du lit et se retrouver le visage sous le mien. Les rêves ont des techniques que les humains ne maitrisent pas !

Et dans ce silence absolu, il m’a regardé intensément d'en bas et a tendu ses lèvres vers moi, je ne bougeais pas. Il m'a embrassée.


Ce baiser était doux, léger.

C’était un contact d’âmes, une douceur réparatrice, un pardon sans mots entre nous.

Pas de passion, pas de drame : juste une reconnaissance.

Deux êtres qui se retrouvent pour se dire sans parler : “Je te vois encore, mais je ne te retiens plus.”


Je me suis réveillée au moment du baiser, lorsque ses lèvres se sont entrouvertes et que sa langue a frôlé la mienne. J'ai ressenti une décharge et je me suis réveillée brusquement, le cœur battant, la main droite sur la poitrine, et l’autre sur le ventre.

Comme si mon corps avait pris le relais du rêve.

Le cœur, lieu de l’amour et de la mémoire affective.

Le ventre, centre du désir, de la vie, de l’instinct.

Les deux reliés, de nouveau.

Mon corps avait compris avant ma tête : l’amour pouvait continuer à exister sans la douleur.


Ce rêve n’était pas un appel vers lui mais un passage.

Une manière de vivre symboliquement la réconciliation que la vie n’avait pas permise.

Comme si mon inconscient avait choisi de refermer doucement la plaie, sans effacer la trace.


Depuis, j’y repense souvent.

Même quand on croit avoir tout compris de nous, le cœur, lui, poursuit son travail, discret, patient, réparateur.


Quelques nuits plus tard, il est revenu.


Cette fois, c'est comme si nous ne nous étions jamais quittés. Que j'avais pu rester dans la bataille.

Mais il était fatigué, éteint, un peu perdu dans son monde. Il avait eu une crise, et je le sentais ailleurs, comme déconnecté du monde.


Il souffrait, sans me repousser.

Il y avait beaucoup de tendresse entre nous. Une douceur qui ne s’expliquait pas.


Quand je lui ai demandé s’il voulait que je dorme ailleurs, il a dit non.

Juste non.

Alors je suis restée.

Pas par peur de le perdre, mais parce que c’était là que je devais être : dans cette présence silencieuse, où l’amour n’a plus besoin de preuves. J'ai pu exprimer la compassion dont la vie m'a privée à un moment où j'aurais aimé le faire.


Dans ce rêve, il ne m’a pas rejetée.

Il n’était plus l’homme qui part, ni celui qui ment.

Il était un être diminué par la vie, épuisé par ses luttes, mais encore capable d’amour.

Et j’ai eu mal pour lui, mal comme on a mal pour quelqu’un qu’on ne peut pas sauver, mais qu’on continue à bercer dans la mémoire.



Ce rêve n’était pas triste.

Il était tendre, humain, presque paisible.


C’était la suite du premier : après la réconciliation intérieure, la compassion.


Mon inconscient me montrait l’homme blessé derrière l’homme fuyant, et m’apprenait à ne plus me débattre contre lui.


Il m'apprenait à voir, à comprendre, puis à laisser partir.



Ces deux rêves se répondent comme deux battements d’un même cœur.

Le premier referme la plaie.

Le second apaise la mémoire.


Et tous deux me rappellent que le travail du cœur ne s’arrête jamais d’un coup.

Même quand la vie reprend, même quand on rit, qu’on respire, qu’on avance, il continue à tisser dans l’ombre.



Le cœur fait encore son travail : il recoud ce qui a été arraché, il trie ce qu’il veut garder, et il dépose enfin ce qu’il doit laisser partir.


Selene




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