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Éclat du manque

Éclat du manque


Un cri muet dévorant le ciel
Un cri muet dévorant le ciel

Quand tu me manques trop,

mon corps se déchire

et je tricote des ponts.

Chaque fil est une attente.

Chaque nœud, une plaie.


Et quand enfin je t’aperçois au bout,

je ne marche plus.

Mes pieds quittent le sol

et m'arrachent à moi.

Je m’envole.


Tes bras sont des lianes.

Elles m’attrapent, me retiennent,

déchirent l'espace entre nous.

Tes serres se plantent dans ma peau.

Elles me piquent.

Elles me blessent.

Elles m'ouvrent le ventre.


J’ai trop attendu.

Je suis lacérée.

Affamée.

Blême.

Tremblante.


Et pourtant je me livre à tes griffes.

Parce que c’est la seule douleur qui m’apaise.

La seule prison où je respire.


Le sang coule de mon coeur.

Tu le bois.

Tu apaises ta soif en aspirant ma peine.

Et mes plaies se referment sous tes lèvres

qui murmurent nos noms.

Tes griffes s’effacent.


Alors nos peaux se fondent.

La mienne glisse contre la tienne et disparaît.

Ma chair se mêle à ta chair.

Mes os craquent au rythme de ton souffle

et se dissolvent.

Je me perds en toi.

Tu t'ouvres en moi.

Nous devenons membrane, battement, et air uniques.

Je ne sais plus où je commence.

Je ne sais plus où tu finis.


Tes ailes se déploient.

Elles me soulèvent.

Loin au-dessus de moi.

Je suis suspendue dans le vertige,

perdue,

mais docile.

Je me laisse porter.


Nous ne sommes plus deux.

Nous sommes une seule bête ailée.

Un cri muet dévorant la brume.

Qu’importe où.

Qu’importe quand.


Je suis sous tes bras vaporeux.

Et je suis ta proie consentie.


Et quand viendra le soir,

nous trouverons l’arbre le plus ancien du monde.

Un tronc qui nous reconnaîtra.

Des branches qui seront lit.

Un nid tissé de nos plumes et de nos cicatrices.


Et même si le lendemain

nous nous égarons dans mille directions,

et que nos vols nous éparpillent,

je sais.

Le soir venu,

je te retrouverai.

Dans nos plumes mêlées.


Dans le nid.

À la maison.




Selene

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