Aimer autrement n’est pas aimer mal - Ou comment j’ai cessé de croire qu’il fallait mériter l’amour en se conformant
- Selene De Beaumont
- 2 août
- 4 min de lecture
« Ce n’est pas parce que j’aime autrement que j’aime mal. »
🌿 Aimer autrement n’est pas aimer mal -
Ou comment j’ai cessé de croire qu’il fallait mériter l’amour en se conformant
1. Ce qu’on attend de nous, et ce qu’on est
Depuis l’enfance, on m’a dit comment aimer. Que ce soit en tant que fille / petite-fille, en tant qu’amie, en tant que femme. Les appels réguliers, les messages quotidiens, les rituels de présence imposés : voilà ce que signifiait “être une bonne personne” qui prend soin des autres et du lien. Et j’ai tenté. J’ai même obéi à des injonctions souvent.
Mais j’ai compris que dans cette obéissance et surtout dans l’acceptation que je devais probablement faire mal, je m’éteignais.
2. Le langage unique de l’attachement : une violence douce
Il y a autant de manières d’aimer qu’il y a de cœurs. Certains aiment en présence constante, d’autres dans le silence fidèle. Certains par des mots, d’autres par des actes. Et quand on impose à l’autre une norme affective, on l’oblige à choisir entre sa nature et notre validation.
Ma fille me l’a montré récemment. Elle traverse une crise avec une amie proche, qui lui a demandé de revoir certaines de ses réactions. Et elle a choisi de le faire. Pas pour plaire. Mais parce qu’elle a senti qu’il y avait là quelque chose de juste. Elle ne s’est pas trahie, elle s’est ajustée.
C’est très différent.
3. Je ne suis pas dépendante, je suis intensément loyale
Certains m’ont dit que mon attachement était excessif.
Qu’en amour, je devenais dépendante. Mais ce qu’ils appellent “dépendance”, c’est l’expression d’un lien profond, qui ne s’effrite pas au premier silence. Parce que j’aimais fort. Parce que j’attendais parfois. Parce que je souffrais de l’absence.
Aimer fort n’est pas aimer mal.
Et c’est aussi ma capacité à interrompre ma vie pour un(e) ami(e) qui souffre, à me déplacer pour aider, à ne pas juger ce que je ne vis pas…
Ce n’est pas de la dépendance affective. C’est de la loyauté du cœur.
👉 La dépendance affective, c’est quand on ne peut plus faire un choix seul. Quand le regard de l’autre devient condition de notre valeur. Quand on ne sait plus qui l’on est, en dehors du lien.
Moi, j’ai toujours fait mes choix seule. De carrière. De ville. De maison. De chemin de vie.
J’ai eu mal parfois. Mais je suis restée quand je croyais encore.
Et ça, ce n’est pas une faiblesse. C’est une forme de fidélité à ce que j’ai ressenti.
C’est pareil pour l’amitié : Je ne suis pas toujours là dans les appels ou les sorties. Mais je suis là quand tout s’effondre, pour célébrer, pour guider aussi parfois. Quand il faut porter, héberger, interrompre, consoler. Je ne suis pas une présence de surface. Je suis une présence de fond.
4. Mes limites aujourd’hui
Je ne veux plus jamais qu’on ose me signifier que j’aime "mal".
Qu’en amour, je suis trop. Et qu’en amitié, je ne suis pas assez.
Je n’autoriserai plus jamais qu’on me colle des étiquettes : « Trop entière, pas assez démonstrative. Trop disponible, pas assez régulière. »Toujours trop ou pas assez, selon les cases de l’autre.
Et aimer quelqu’un profondément, pleurer son absence, croire à ce lien, c’est juste aimer fort. J’ai toujours décidé seule, de mes amours, mes passions, mes départs, ma maison, mes métiers, mes silences. Je n’ai jamais attendu qu’on me dise qui être.
J’ai attendu qu’on me voie. Et c’est très différent.
J’aime intensément, oui.
Mais je suis libre.
Et c’est peut-être ça, au fond, qui effraie le plus.
Parce que je sais aimer, mais je sais aussi partir.
Et quand je pars, ce n’est pas une mise en scène. C’est définitif. Et il y a des amours ou des amitiés qu’on enterre sans fleurs, sans fracas. Juste parce qu’on n’y respire plus. Parce qu’on nous demande d’aimer autrement que comme on aime. Et selon moi, l’amitié ne devrait pas ressembler à un programme, à une fréquence, à une discipline. Et surtout ne devrait pas justifier de porter un calque moralement supérieur sur quelqu’un.
Car comme pour l’amour, il n’y a pas un seul langage. Il y en a plusieurs. Certain·es aiment par les mots, d’autres par les gestes, d’autres par la présence muette. Moi, j’aime comme je suis : en profondeur, sans condition, sans performance. Je peux ne pas écrire pendant un mois ou plus, mais faire 600 km s’il faut être là. Je peux interrompre un moment précieux si quelqu’un a besoin de déposer. J’aime dans l’action, dans la constance invisible. Je n’ai jamais aimé par habitude. Seulement par choix.
Alors aujourd’hui, je dis à ma fille : "Tu peux aimer fort. Mais pas à n’importe quel prix. Et surtout : pas au prix de ton amour-propre."
Je veux qu’elle sache qu’elle mérite d’être aimée telle qu’elle est. Qu’elle peut vouloir évoluer, mais jamais pour gagner l’amour de quelqu’un. Qu’on n’aime pas mieux en étant moins soi. Et que ceux qui lui feront croire le contraire cherchent à contrôler, pas à aimer.
Il n’y a pas qu’une seule bonne façon d’aimer. Mais il y a de mauvaises façons d’exiger.
Aimer autrement n’est pas aimer mal. C’est simplement aimer libre. Et c’est parfois aimer plus vrai.
💬 Et toi ?
Comment aimes-tu ? Quel est ton langage du cœur ? T’a-t-on déjà reproché ta façon d’aimer, comme si elle était trop ou pas assez ? As-tu déjà douté de ta manière d’aimer, simplement parce qu’elle ne rentrait pas dans les cases ?
Raconte-moi. Je crois qu’il est temps de réhabiliter toutes les façons d’aimer. Celles qui ne crient pas. Celles qui n’écrivent pas tous les jours. Celles qui se déplacent sans bruit mais avec tout leur cœur. Celles qui ne savent pas faire semblant.
Selene


















Commentaires