Et si on arrêtait d’évaluer les femmes ?
- Selene

- il y a 2 jours
- 3 min de lecture
Et si on arrêtait d’évaluer les femmes ?

Je suis tombée sur une publication qui montrait une photo de jeunes femmes des années 70, accompagnée de cette phrase :
« Du temps où les femmes étaient naturelles, plus féminines et plus belles… »
Et quelque chose m’a profondément gênée.
Pas au point de partir en guerre contre son auteur. D’ailleurs, je ne crois pas qu’il s’agisse d’un problème individuel. Je pense surtout qu’il s’agit d’une habitude profondément ancrée dans notre manière de regarder les femmes.
Parce qu’à chaque époque, on semble éprouver le besoin de les évaluer.
Évaluer leur beauté.
Évaluer leur féminité.
Évaluer leur désirabilité.
Comme si leur valeur se mesurait à la façon dont elles occupent l’espace visuel des autres.
Je comprends la nostalgie.
Je comprends qu’on puisse être touché par une esthétique, par une époque, par une manière de se coiffer, de s’habiller ou de se tenir.
Moi aussi, je peux regarder certaines photographies anciennes avec tendresse.
Mais pourquoi faut-il toujours que cela passe par une comparaison ?
Pourquoi faudrait-il conclure qu’avant, les femmes étaient « plus belles » ?
Plus naturelles ?
Plus féminines ?
Et surtout, qui décide de ce que signifie être féminine ?
Une robe ?
Des cheveux longs ?
L’absence de maquillage ?
Le maquillage ?
Le silence ?
La douceur ?
L’abnégation ?
Les hommes?
J’ai parfois l’impression qu’on déplace simplement les critères d’une génération à l’autre sans jamais cesser de les imposer.
Hier, il fallait être discrète.
Aujourd’hui, il faudrait être naturelle, mais pas trop (ça fait négligée); séduisante, mais pas provocante (ça fait pét…); ambitieuse, mais pas intimidante (il ne faut pas faire de l’ombre à certains messieurs) ; maternelle, mais indépendante (et oui…) ; libre, mais rassurante…
Il y aura toujours quelqu’un pour expliquer aux femmes comment elles devraient être.
Et puis, il y a autre chose qui me trouble.
Lorsque nous regardons ces photos anciennes, pourquoi parlons-nous presque exclusivement de beauté ?
Pourquoi ne pas évoquer aussi ce que les femmes d’aujourd’hui accomplissent ?
Leurs études.
Leur intelligence.
Leurs responsabilités.
Les métiers auxquels elles accèdent désormais.
Les entreprises qu’elles dirigent.
Les causes qu’elles défendent.
Les rêves qu’elles osent poursuivre.
Et cela, souvent, sans avoir déposé le reste.
Parce qu’en réalité, beaucoup continuent aussi à faire tourner un foyer.
À penser aux rendez-vous médicaux.
Aux courses.
Aux anniversaires.
Aux lessives.
Aux repas.
Aux enfants.
Aux parents vieillissants.
À cette organisation invisible qui permet à une famille de tenir debout.
Je ne dis pas que c’était plus simple hier.
Je sais ce que les femmes des générations précédentes ont porté. Leur courage mérite d’être honoré.
Mais je trouve dommage que l’on regarde les femmes d’aujourd’hui en regrettant leur supposée perte de féminité, sans voir tout ce qu’elles sont devenues en plus.
Cette nouvelle féminité n’a rien de honteux.
Elle est multiple.
Elle est parfois épuisée.
Souvent imparfaite.
Mais elle est aussi brillante, ambitieuse, créative, indépendante et profondément vivante.
Et je ne crois pas qu’il faille s’excuser d’avoir voulu davantage.
Le droit d’être belle, si on le souhaite.
Le droit d’être intelligente sans s’en excuser.
Le droit d’être désirante sans être jugée.
Le droit d’avoir une carrière.
Le droit d’écrire des livres.
Le droit de rentrer tard.
Le droit de rester chez soi.
Le droit de materner.
Le droit de ne pas être mère.
Le droit d’être douce.
Le droit d’être forte.
Le droit, surtout, de ne plus être réduite à la manière dont le monde décide de la regarder.
Parce qu’une femme vaut infiniment plus que la nostalgie que l’on projette sur elle.
Les femmes des années 70 n’avaient pas besoin d’être plus belles pour être admirables.
Et les femmes d’aujourd’hui n’ont pas besoin d’être moins libres pour mériter de l’être aussi.
Peut-être qu’au lieu de nous demander si elles étaient plus féminines hier, nous pourrions enfin commencer à nous intéresser à tout ce qu’elles sont.
À leur intelligence.
À leur courage.
À leur humour.
À leur créativité.
À leur capacité immense à aimer, à recommencer, à tenir debout malgré la fatigue.
Et peut-être qu’alors, nous cesserions enfin de regarder les femmes comme des silhouettes à commenter.
Pour commencer à les regarder comme des êtres humains à part entière.
Et cela me semblerait être un véritable progrès.
Selene





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