Le célibat long est-il devenu suspect ?
- Selene

- il y a 10 heures
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Le célibat long est-il devenu suspect ?
On me demande comment je tiens. Jamais pourquoi je choisis.

Quand je dis que je suis célibataire depuis presque deux ans, certains me regardent comme on observe une anomalie statistique.
Il y a dans leurs yeux un mélange de curiosité, de doute et de projection.
Comme si l’absence durable d’homme devait forcément cacher un drame, un dysfonctionnement… ou une frustration ingérable.
Rarement une seule hypothèse plus simple :
peut-être qu’une femme peut choisir le temps, le calme, la fidélité à elle-même, plutôt que l’occupation immédiate du vide.
Je vous raconte.
Quand je dis à certains hommes que je suis célibataire depuis presque deux ans, il y a souvent ce petit blanc.
Ce silence chargé de calculs, d’hypothèses, de soupçons.
Deux ans ?! Mais vraiment… vraiment ?
Genre rien ? Tu ne couches pas “quand même”, histoire de dire que tu es libre tout en t’occupant discrètement ?
Comment ça, rien ?
Alors quoi… elle n’aime pas les hommes ? Elle n’aime pas le sexe ? Elle a un problème caché ?
J’avoue, cela me fait rire. Très doucement rire.
Comme on sourit devant des enfants persuadés que le soleil se couche parce qu’ils ferment les yeux.
Puis viennent les autres hypothèses.
Alors quoi… elle déteste les hommes ?
Elle est restée fixée sur son ex ?
Elle pleure encore dans un plaid gris en regardant la pluie devant une série débile?
Elle a un problème ?
Ou pire : le précédent a laissé une trace impossible à égaler, une empreinte trop profonde, un fantôme trop grand pour les pièces suivantes. Et du coup, ça se demande d’un coup si c’est possible de faire pipi plus loin…
C’est fascinant comme, dans une époque où tout se remplace en trois clics, la fidélité au vide devient suspecte.
On vit dans un monde où beaucoup envisagent l’amour comme un banc de touche. Le numéro 7 sort ? On fait entrer le 16. Même poste, même système, même terrain. Il suffit de courir un peu, d’embrasser correctement, d’envoyer deux messages le matin et le match repart.
Mais non.
Parfois, quand une personne sort du terrain, on n’a pas envie de faire entrer quelqu’un d’autre.
Parfois, on regarde simplement la pelouse en silence, pieds nus dans les herbes froissées en se demandant pourquoi les lignes blanches ont été tracées. Pour séparer? Pour se rejoindre?
Parce que la partie, sans cette présence-là, n’a plus le même sens.
Parce qu’un être humain ne se remplace pas comme un joueur fatigué.
Et surtout, parce qu’il faut du temps.
Du temps pour ranger les habitudes de quelqu’un dans des tiroirs invisibles.
Du temps pour cesser de tendre la main vers une absence qui ne regarde pas dans notre direction.
Du temps pour savoir si l’on veut encore partager son café, son lit, ses dimanches, ses peurs, ses désirs, son désordre.
Du temps pour décider si l’on veut rejouer… ou changer de sport.
Mais cela, curieusement, impressionne plus que l’instabilité.
Une femme seule depuis deux ans dérange davantage qu’un homme incapable de rester seul quinze jours.
L’attente inquiète.
La retenue déroute.
La loyauté scandalise presque.
Dans un monde où tout doit circuler vite, même les corps, même les promesses.
Alors non, je n’étais ni en hibernation, ni en pénitence, ni en panne.
J’étais simplement occupée à respecter ce qui avait compté.
À respecter mon cœur quand il n’était pas prêt à faire semblant.
À préférer le silence à la consommation affective.
Il paraît que c’est étrange, aujourd’hui.
Moi, je trouve surtout étrange de croire qu’on doit toujours remplacer ce qu’on a perdu, au lieu d’apprendre d’abord à vivre avec la place vide.
Selene





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