Le déguisement des jours légers
- Selene

- il y a 22 heures
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Le déguisement des jours légers
Il y a des maisons où le temps continue de faire semblant.
On y parle encore du prix des oranges, des films du soir, des gestes de tous les jours.
Et pourtant, derrière la cuisine, derrière les rires, quelque chose tremble déjà. Et je l’entends.

Je t’entends
rire à la cuisine
comme si de rien.
Tu cuisines avec lui,
le temps est bon,
sa voix est douce.
Plus douce que jamais.
Je t’entends
raconter d’ici
des histoires banales,
le prix des oranges,
mille fois ressassé,
mais pour une fois entendu.
Je t’entends
marcher
dans la maison,
tes pas agiles,
ton ombre légère
qui volette, fragile.
Où se cache ton corps, le vrai ?
Je t’entends
regarder un film,
un truc idiot
pour ne pas penser,
s’envoler
de là.
Puis il suffit d’un mot.
D’un mot de trop.
Et ton visage se défait.
Tes yeux se noient
dans une peur si nue
qu’ils en deviennent étrangers.
Ta bouche se tord
comme si l’air
te manquait déjà.
Comme si quelqu’un,
quelque part,
avait commencé
à te retirer le sol,
te fendre les os.
Ça ressemble à ça,
la mort proche, tu crois ?
On fait semblant
une partie des minutes.
On rit à la cuisine.
On parle du prix des oranges.
On laisse traîner
des gestes de vivants
comme des leurres.
On saupoudre
la vie
de miettes de joie
pendant qu’elle
nous gangrène
le toit.
Puis dès qu’on s’assoit,
le poids du monde
vient se blottir
dans le ventre.
Les nausées remontent.
On brise l’horloge.
On vomit des cadrans.
Et le déguisement
des jours légers
prend feu.
Selene





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