Le jour où même le GPS s’est trompé
- Selene De Beaumont
- 31 oct.
- 2 min de lecture
Le jour où même le GPS s’est trompé

Ce matin, j’ai pris la route, croyant aller à mon rendez-vous. Et je me suis retrouvée à Fréjus. Quatre-vingts kilomètres pour rien.
Ou peut-être pour comprendre que quand la vie veut me dire “pas par là”, elle le fait de façon spectaculaire.
La psychiatre avait annulé une heure plus tôt. Je ne sais pas pourquoi — peut-être un malentendu, peut-être une confusion avec une autre patiente. Mais moi, j'avais décidé d'y aller quand même, avec mes pensées qui s’entrechoquaient, mes papiers dans le sac, et ce poids dans la poitrine qui dit : et maintenant ?
Mon arrêt s’est terminé hier. J'ai eu un refus de rupture conventionnelle. Je dois faire un recours qui sera surement refusé. Le rectorat n’a pas de date pour la commission de la prochaine session de ruptures conventionnelles...
Peut-être que le dispositif s’arrête.
Peut-être qu’il n’y aura rien.
Peut-être que je devrai démissionner, tout simplement.
Et recommencer à zéro.
Je n’ai personne sur qui m’appuyer. Ni mes parents, ni cette forme de soutien qu’on imagine toujours possible quand tout s’écroule. Il n’y a que moi, et ma fille, et l’idée que je dois trouver comment rendre nos jours un peu plus sûrs. Et lui apporter une réponse, une tranquillité.
Alors oui, j’ai peur. Peur de devoir tout recommencer, sans aide, sans indemnité, sans tremplin. Peur du vide administratif et de l’incertitude qui dévore. Mais j’ai aussi eu ce matin, la certitude que je ne pouvais plus attendre qu’un système décide de ma liberté.
Je ne veux pas la longue maladie, ni l’attente, ni l’épuisement déguisé en stabilité.
Je veux faire, créer, vivre, travailler — même autrement, même en visio, puisque sans indemnités, je ne pourrai pas tout de suite louer un local, et que le faire chez moi est trop dangereux (conseil d'une amie psychologue).
Alors quand j'ai vu que je n'étais même pas sur la bonne route, j’ai fait une pause au péage.
J’ai coupé le moteur, respiré un peu, essayé de me rappeler pourquoi je faisais tout ça. Puis j’ai pris un nouveau rendez-vous, cette fois avec ma généraliste. Encore une centaine de kilomètres à parcourir cet après-midi — mais au point où j’en étais, autant continuer à avancer.
Et ensuite, j’ai acheté des croissants.
Parce qu’il fallait bien redescendre, reprendre mon souffle, me rappeler que la vie, c’est aussi ça : un café chaud, une miette sur le bout des doigts, et la sensation de tenir debout, encore.
Et surtout, j’ai décidé de reprendre la main.
Parce que le lâcher prise a ses limites. Il ne s’agit pas de tout contrôler — non — mais de choisir, à nouveau. De dire : j’arrête d’attendre que les réponses viennent de l’extérieur. De me rappeler que ma sécurité ne dépendra jamais d’un dispositif ou d’une signature.
La vie ne m’a pas amenée au bon endroit ce matin,mais elle m’a ramenée à moi-même. Et c’est peut-être tout ce dont j’avais besoin.
Le vrai lâcher prise, ce n’est pas tout laisser faire. C’est savoir quand reprendre le gouvernail.
Selene










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