Scénarios Interdits #14 – La Table des Silences
- Selene De Beaumont
- 27 août
- 7 min de lecture
Scénarios Interdits #14 – La Table des Silences

Ce jour-là, elle était rentrée plus tard du bureau. Rien d’extraordinaire.
Juste une journée d’août un peu vide, un peu lente, un peu suspendue.
Les enfants étaient chez leur père pour deux semaines, et la maison était restée en silence.
Un silence propre. Trop propre. Trop net.
Celui qui vous rappelle que vous êtes seule, et que personne ne rentrera ce soir.
C’était à la pause de midi que le déclic s’était glissé. Presque en douce.
Elle déjeunait avec deux collègues, un couple aux allures libres et complices. Ils parlaient d’un club, avec légèreté. D’une soirée prévue ce week-end.
Un lieu libertin, chic, à l’ambiance feutrée. Pas glauque. Pas tape-à-l’œil.
Ils n’étaient pas entrés dans les détails — mais ce qu’ils n’avaient pas dit avait éveillé en elle quelque chose de plus fort que les mots.
Elle avait ri, un peu gênée. Elle avait fait semblant d’être au-dessus de ça.
Mais le nom du lieu s’était imprimé quelque part dans sa mémoire, comme une possibilité.
Elle n’en avait jamais fréquenté. Elle ne savait pas vraiment si elle en avait envie.
Mais elle avait senti une chaleur remonter sous sa peau.
Le soir venu, alors qu’elle démaquillait son visage machinalement, elle s’est arrêtée.
Et elle s’est regardée dans le miroir.
Quatre ans. Quatre ans qu’aucun homme ne l’avait vraiment touchée.
Il y avait bien eu deux histoires sans importance, mais tout s’était figé.
Elle s’était consacrée à ses enfants, à leur reconstruction.
Elle-même, elle avait cessé d’être un corps. Elle était devenue un refuge, une ressource, une maman.
Mais pas une femme.
Et là, ce soir-là, quelque chose frappa à la porte de son ventre.
Un battement. Une envie sans nom.
Une tension qui montait. Depuis longtemps sans qu'elle ne veuille l'écouter.
Elle se dit que ce n’était pas raisonnable.
Et en même temps… c’était peut-être précisément ce qu’il fallait. Et qu'elle devait l'écouter.
Pas une aventure.
Ni un homme.
Ni une conquête.
Juste… un retour. A la vie.
Alors elle s’est préparée pour sortir.
Elle n’y allait pas pour draguer. Pas pour jouer.
Elle n’était pas libertine.
Et savait déjà qu'elle n'aimerait pas le lieu. Elle s'en fichait.
Elle voulait juste un instant de corps. Un fragment.
Une morsure de vie. Quelque chose qui marquerait sa peau, qui la réveillerait de l’intérieur.
Sans trop y réfléchir, elle a fouillé dans ses tiroirs.
Elle a sorti une robe noire qu’elle n'avait jamais portée — soyeuse, fluide, presque indécente.
Elle a remonté ses cheveux, appliqué un trait de liner, un peu de rouge sur sa bouche.
Elle a glissé dans ses escarpins, doucement.
Elle s’est surprise à ajuster ses bas, à choisir des sous-vêtements qu’elle n’avait pas portés depuis des années.
Un porte-jarretelles. Un bustier noir.
Et un loup en velours noir qu’elle a glissé dans son sac, au cas où.
Elle ne savait pas encore ce qu’elle allait faire.
Mais elle avait pris une direction.
Son corps, lui, savait.
À l’accueil du club, elle a demandé à être accompagnée pour la première visite.
Elle a précisé qu’elle était seule. Et qu’elle ne comptait pas faire de rencontres.
Elle voulait juste voir. Enfin c'est ce qu'elle s'est dit à ce moment-là...
On l’a accueillie avec tact. On lui a montré les salons, les différents espaces. Des couples, entre autres étaient déjà affairés. Cette vision lui procura une forme de dégoût mêlée de curiosité. Elle se dit que c'était bien la dernière chose qu'elle aurait souhaitée en couple, sous peine de finir en prison pour homicide. Cette pensée inscrit un sourire naissant sur son visage plutôt crispé.
Et dans une pièce plus intime, elle a vu une table basse, massive, recouverte de velours sombre.
Une image s’est imposée à elle, violente de désir et de certitude.
Elle s’est vue à quatre pattes, masquée, offerte.
Mais pas comme dans un fantasme d’homme.
Non.
Elle voulait être touchée, goûtée, adorée… sans être connue et sans connaître. Selon ses termes.
Elle voulait être offerte à son propre désir.
Sans dialogue. Sans séduction. Sans lien.
Elle voulait sentir, mais ne rien devoir.
Et surtout : ne pas rendre.
Elle est allée au bar, encore troublée par sa propre vision.
Et c’est là qu’il est arrivé.
Il s’est approché de sa table, un homme à la quarantaine douce, regard clair, allure sportive.
Il portait une chevalière à l’index, un détail qui l’a marquée.
Il a demandé, d’un ton feutré, s’il pouvait s’asseoir.
Elle a hoché la tête, silencieuse.
Ils ont parlé.
Il était là avec sa femme, mais une scène entre eux venait d’avoir lieu.
Un écart de trop, un baiser échangé entre elle et un autre homme sans autorisation. Il était blessé. C'était une règle depuis toujours entre eux. Elle venait de briser quelque chose.
Un écart interdit.
Elle avait quitté le lieu, il était resté.
Peut-être pour se venger. Peut-être pour comprendre.
Et il avait fui dans un verre, dans l’ombre.
Elle, à ce moment-là, ne savait pas encore pourquoi elle parlait.
Mais elle lui a dit.
Elle lui a décrit ce qu’elle voulait.
« Je veux m’installer sur cette table.
Masquée.
À quatre pattes.
Je veux qu’on me touche, qu’on m’embrasse, qu’on me pénètre, qu'on me remplisse. Je ne veux plus jamais me sentir vide.
Mais je ne veux pas savoir qui. Je ne veux pas de mots.
Je veux juste que mon corps exulte.
Je veux qu’on me traite comme une offrande silencieuse.
Et je veux que ce soit toi qui surveilles. »
Il n’a pas souri.
Il n’a pas cherché à séduire.
Il a dit :
« D’accord. Je m’en porte garant. Tout sera respecté. Et si tu poses tes coudes sur la table, j’arrête tout. »
Elle a accepté.
Et le rituel a commencé.
Elle s’est déshabillée lentement.
Il était derrière elle.
Il a baissé sa fermeture, effleuré sa colonne.
Frissonnement.
Ses doigts étaient précis, respectueux, presque religieux.
Il a noué le loup sur ses yeux, s'est assuré qu'elle ne voyait plus rien en agitant ses mains devant elle.
Il l’a aidée à s’installer, à genoux, mains posées à plat.
Offerte — mais pas soumise.
Il a glissé un coussin de velours sous ses genoux.
Le silence est tombé.
Et les premiers souffles sont venus.
Puis des mains.
Des mains d’hommes, peut-être de femmes, elle ne savait pas.
Des mains qui caressaient ses épaules, ses reins, ses fesses, ses cheveux qu'elle avait dénoués.
D’autres qui effleuraient sa nuque, ses chevilles, ses cuisses.
Chaque geste prenait son temps. Il devait veiller de loin.
Un souffle lui frôlait l’oreille, un autre son ventre.
Des bouches se sont jointes.
Ses seins ont été embrassés, longuement.
L’un les suçait avec tendresse.
Un autre les pinçait légèrement.
Sa peau était vivante. Chaque frisson devenait une onde.
Un sexe est venu l’effleurer. Puis la pénétrer.
Lentement.
Un va-et-vient contenu.
Rien n’était brutal.
Tout était sacré.
Puis un autre.
Puis des doigts.
Elle sentait des baisers dans le creux de ses reins, sur la cambrure de ses hanches,
sur son sexe déjà mouillé.
Les corps tournaient autour d’elle.
Elle ne comptait plus.
Elle ne contrôlait plus rien — et pourtant tout se passait selon ses règles.
Elle gémissait doucement, retenant ses cris. Pas par honte.
Mais par respect pour le silence qu’elle avait ordonné.
Elle était la déesse de cette cérémonie, offerte, gorge nue, fesses tendues, et le silence devenait un chant plus fort que tous les cris.
Le plat d’honneur.
Goûtée.
Dévorée.
Admirée.
Elle a joui. Une fois. Deux fois.
Peut-être trois...
Et soudain… un doigt dans sa bouche.
Elle l’a reconnu.
Le métal a claqué contre l'une de ses dents.
L'homme de la chevalière.
C’était lui.
Le gardien.
Il était là, et il voulait qu’elle sache.
Son sexe a suivi. Il est entré en elle, lentement.
Juste une fois.
Juste pour marquer ses lèvres.
Elle a gémi plus fort, et elle a senti qu'il se déplaçait derrière elle. Son bijou froid glissa le long de son dos jusqu'à ses fesses et brusquement, elle fut saisie à pleines mains par les hanches, et elle sentit une langue effleurer l'interdit puis s'y faufiler. Un cri s'échappa malgré elle. Une vague l'emporta. Elle pensait dire stop. Elle dit oui autrement. Par son silence, par sa cambrure.
Il présenta son sexe à cette entrée et la pénétra lentement. Puis plus loin. Jusqu'à ce qu'elle ne sache plus si c'était plaisir, offrande ou délivrance.
Puis, elle a posé les coudes.
Immédiatement, il a arrêté.
Les autres corps ont disparu sous ses ordres.
Il lui a ôté le masque.
Elle avait les joues rouges, les yeux humides.
Il l’a accompagnée à la douche.
L’a attendue.
Elle s’est rhabillée sans un mot.
Avant de partir, elle s’est tournée vers lui.
Elle l’a embrassé. Une seule fois. Passionnément. Avec des années de tendresse contenue.
Et elle lui a dit :
« Maintenant, tu as rétabli l’équilibre avec elle. »
Avant de franchir la porte, elle s’est tournée vers lui.
Elle l’a regardé.
« Merci. Je ne reviendrai pas. J’ai juste… inscrit quelque chose sur ma peau. »
Et elle est partie.
Le cœur battant.
Les cuisses encore humides.
Dans la nuit qui cache bien des secrets.
Et... elle s’est réveillée... dans sa chambre vide.
Les draps étaient trempés.
Son cœur cognait fort.
Ses jambes tremblaient encore.
Elle se leva, se regarda dans le miroir et se dit, en silence :
« Il va falloir que je l’ose. »
Selene
💌 Scénarios Interdits est une collection de récits brûlants, sensuels ou transgressifs. Chaque scène est un éclat d’imaginaire, un cri du corps, un rappel à la vie. Si vous souhaitez que j’écrive pour vous un scénario sur mesure — plus ou moins cru, plus ou moins symbolique — pour nourrir votre intimité, votre lien, ou réveiller une tension à deux… Je propose une création personnalisée. 👉 Toutes les infos sont ici : article. Ou prenez rendez-vous directement ici.








Commentaires