Le costume de l’amoureux
- Selene De Beaumont
- 21 mai
- 5 min de lecture
Le costume de l’amoureux
En fait…ça doit être facile de jouer à l’amoureux.
Il suffit de regarder l’autre avec ce sourire enchanteur, de le contempler comme s’il était la cinquième merveille du monde. De l’embrasser à tout bout de champ, de montrer qu’on veut tout faire avec lui. De se rendre disponible, attentionné, toujours là, comme si on n’avait jamais été aussi prêt.
Ça doit être simple de jouer les sentiments. De porter ce costume. De le remplir d’attentions calculées. De s’y lover avec grâce, tout en gardant toujours une porte de sortie ouverte.
Et ce costume… il t’allait comme un gant.
Moi, je suis tombée dedans comme on tombe dans des sables mouvants. Sans voir que pendant que je m’enfonçais, toi, tu tenais la corde… et tu regardais sans voir.
Aujourd’hui, si tu retournes sur mon site, si tu lis mes textes, mes sentiments dispersés en pagaille, tu souris peut-être. Oui, peut-être que tu ris de moi et de mon envie désespérée de te retrouver ou de te trouver tout court, celui d'aujourd'hui. Peut-être que tu te dis que j’étais naïve. Trop entière. Trop loyale. Trop vraie.
Peut-être même que tu te dis que c’est un peu drôle, cette femme qui continue à t’aimer en silence.
Et toi, tu savoures, qui sait ? Les heures, les jours, les mois où je t'attends. Où j’ai parlé à ton âme sans réponse. Où j’ai cru qu’un seul mot de toi effacerait tout.
Mais tu n’es pas revenu.
Et si tu ne reviens pas maintenant… c’est que tu ne l’as jamais vraiment envisagé.
Aujourd'hui, je ne me sens pas bien. Je ne dis pas ça comme si cela avait une quelconque importance à tes yeux. De toute évidence, je me suis trompée sur ça aussi.
Je pense que j’ai été une pièce dans ton jeu.
Un joli chapitre.
Un entraînement émotionnel.
Quelque chose de stimulant, d’intense, que tu as fini par retirer de ton agenda comme on annule une séance de sport, une routine parmi d'autres.
Tu m’as peut-être remplacée par une autre activité, peut-être par quelqu’un d’autre. Mais moi, j’étais une personne. Une vraie.
Et je commence à me demander si tu avais seulement l’intention de m'aimer sur la durée.
Peut-être que je paie pour d’autres femmes qui ne t’ont pas aimé. Peut-être que tu projettes ta douleur sur moi, et que tu trouves une forme de soulagement à me voir me débattre dans un amour que toi, tu as vidé de son sens.
J’étais prête à créer un monde pour toi.
Prête à te porter si tu tombais.
Prête à t’aimer même dans tes silences, même dans tes phases de retrait.
J’étais prête à accueillir ta vérité, même bancale, même fatiguée, même imparfaite.
Mais dans le fond…peut-être qu’il n’y avait rien à accueillir. Et que tu te moques pas mal de ma préparation.
Peut-être que j’étais seule à croire à ce que je portais à deux.
Et peut-être que ça a un goût particulier, de me voir me débattre dans les ruines d’un amour que j’appelais encore comme ça. Peut-être que ça te donne une forme de pouvoir.
Mais l’homme qui m’aime vraiment… même s’il a besoin de silence pour se construire, même s’il a ses vertiges et ses colères, il finira par me rejoindre car il n’aura pas besoin de me perdre définitivement pour me reconnaître.
Parce qu’il sentira la place que je lui ai gardée. Parce qu'il en reconnaitra la valeur inestimable. Parce qu’il reconnaîtra dans mes mots un refuge, pas un piège. Parce qu’il saura que je ne demande pas qu’on me sauve, mais qu’on m’accompagne. Et qu’un jour, je puisse poser ma tête sur son épaule sans m’excuser de vouloir me reposer.
Il saura que je suis capable d’aimer ses silences, ses doutes, ses creux, tant qu’il reste là, tant qu’il choisit d’y être.
Il saura que ma tendresse est un abri, et pas une cage.
Je suis forte. Je sais tout faire seule. Je l’ai prouvé.
Mais j’ai besoin de retrouver la simplicité d’un quotidien partagé. Les silences habités. Les gestes ordinaires qui rendent la vie douce. Un café posé devant moi sans un mot. Une main sur ma nuque dans la cuisine. Un petit mot sur l'oreiller.
Un “tu vas bien, tu es sûre ?” qui veut vraiment dire : raconte-moi.
Je n’ai pas besoin qu’on m’élève sur un piédestal. J’ai besoin d’un homme qui sache qu’on peut construire une maison avec des bras, et une paix avec des silences vrais.
L’homme qui m’aime… il ne fuira pas l’intensité de ce lien. Il n’aura pas peur d’y poser son sac.
Parce qu’il saura qu’il ne veut être nulle part ailleurs que dans mes bras. Et que cette évidence le transpercera et sera assez forte pour tout balayer sur son passage.
Tu disais que tu m’aimais. Mais tu m’aimais juste assez pour me convaincre, jamais assez pour me rejoindre.
Et moi, je t’ai aimé pour deux. Sans écho. Dans le froid des jours et du silence.
Mais maintenant, je reprends ce cœur. Pas pour le fermer. Mais pour lui rappeler qu’il mérite mieux que le rôle d’une femme que l’on oublie.
Et si tu n’étais pas un acteur… alors c’est le moment. Le rideau est levé.
Le spectacle a duré assez longtemps.

C’est à toi de choisir maintenant : garder ce costume idiot ou être nu avec moi, dans la vraie vie.
Parce que moi, j’ai atteint mes limites.
Et ce que tu fais là…ce n’est pas juste. Pour moi, pour nous, pour ce que l'on a été et ce que l'on pourrait être si cela avait de la valeur pour toi. Je ne peux pas aller plus loin dans ma douleur.
Selene
Les mots de l’après-midi:
Je crois que ce message était ma dernière tentative.
Pas une déclaration d’amour. C’est tellement évident. Le site hurle à lui tout seul.
Un cri, peut-être.
Une vérité que je ne pouvais plus garder enfermée.
Je me suis accrochée à l’idée qu’il reviendrait quand il aurait trouvé un peu la paix.
Je me suis dit qu’il fallait attendre, comprendre, aimer pour deux.
Mais pendant que j’attendais,
c’est ma paix à moi qui s’est écroulée.
C’est moi qui me suis vidée en silence,
pendant que lui détournait les yeux,
comme si rien de tout cela n’existait.
Comme si je n’existais pas.
Alors aujourd’hui, j’ouvre les yeux.
Je comprends.
Peut-être qu’il ne m’aime plus. Vraiment.
Peut-être qu’il ne sait pas aimer autrement.
Ou peut-être qu’il n’a jamais voulu vraiment m’aimer et rester.
Et chaque jour de silence,
chaque absence répétée,
vient me le redire.
Il n’y a pas de mot pour cette souffrance.
Je mérite mieux que l’absence,
même de celui que j’ai le plus aimé.








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