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Les peurs que je ne confie qu’à la nuit

Les peurs profondes que je n'ose même pas m'avouer tant j'en ai le souffle coupé
Les peurs profondes que je n'ose même pas m'avouer tant j'en ai le souffle coupé

Les peurs que je ne confie qu’à la nuit


Et s’il ne pensait plus à moi du tout ?

S’il avait rangé mon prénom dans une boîte, fermée à double tour, avec d’autres souvenirs sans importance ?

S’il ne relisait jamais mes mots ?

Et qu’il avait tout supprimé brutalement, sur un coup de tête, comme on se débarrasse d’une mouche en secouant le bras ?

S’il n’avait jamais pleuré mon absence ?

S’il n’avait jamais senti le manque le ronger ?

S’il ne m’avait plus jamais désirée dans sa chair ?


Et s’il avait déjà offert ses bras à une autre ?

Si une autre entrait dans sa vie par la porte que moi j’ai laissée entrouverte ?

Si quelqu’un d’autre récoltait les fleurs que j’ai plantées en lui, patiemment, amoureusement ?

Et moi, seule, à regarder pousser ce jardin que je ne peux plus toucher.


Et s’il se disait que je l’aimais trop ?

Que j’étais un poids, un miroir trop net ?

Qu’il valait mieux quelqu’un de plus distant, de plus léger, de plus sage, peut-être ?

Qu’il se trouvait mieux dans une relation à sens unique, dans la conquête permanente d’une attention de l’autre, d’une permission de l’autre ?

Et s’il ne revenait jamais ?

Pas même pour un mot.

Pas même pour savoir si je suis en vie, si je vis toujours là.


Et s’il me lisait… et s’en fichait ?

Et si ce lien que je ressens était une illusion solitaire ?

Un fantasme d’âme ?

Une construction de manque ?

Une projection ?

Un rêve que je me raconte pour supporter la vie après lui ?


Et s’il me testait ?

Si son silence était une épreuve cruelle, un piège, une vengeance ?

Et s’il me pensait acquise ? Et s’il savait que j’attendrais, quoi qu’il fasse ?


Et s’il se sentait trop coupable pour assumer à mes yeux qu’il n’a pas été là quand j’avais besoin de lui ?

Et s’il ressentait de la honte à avoir tourné le dos à quelqu’un d’aussi vrai que moi, et ne pouvait pas faire face à l’image de ses propres failles, malgré ses désirs ?

Et s’il ne pouvait pas se le pardonner, et se punissait invariablement, à répétition, sans voir que moi, je suis là — et que je peux accepter et pardonner ?

Et s’il se sentait indigne de mon amour, de ma loyauté ?

S’il croyait qu’il ne pourrait plus jamais me rendre heureuse… alors que la seule chose qui me rendrait vraiment heureuse, c’est lui ?


Et s’il attendait bêtement un scénario parfait — une maîtrise parfaite de lui, de sa vie, de tout — avant de revenir ?

Et s’il ne me faisait pas confiance pour créer avec lui un nouvel équilibre, un nouveau projet, une histoire de vérité ?

Et s’il pensait que je ne pourrais plus l’aimer s’il était différent ?

S’il croyait que s’il traversait une phase d’ombre, de fatigue, de déconnexion… il ne serait plus digne de moi ?

Et que cette version-là de lui, je ne pourrais plus l’aimer ?

Et s’il avait peur de me faire de la peine à nouveau, et préférait s’éloigner plutôt que cela puisse se reproduire ?

Alors que la peine existe dans toutes les relations… rien n’est parfait.

L’amour, ce n’est pas l’absence de douleur, c’est la présence du lien malgré tout.


Et s’il était trop dans une logique perfectionniste, incapable de reconstruire sur des murs fissurés ?

S’il ne voyait pas que même les ruines des cathédrales sont magnifiques — et qu’on peut réinventer n’importe quel monument à la place, en gardant les fondations ?

Et s’il avait trop d’orgueil pour revenir, malgré tout ?

Alors que moi, je me suis montrée nue, offerte, au vent.

Et s’il était finalement bien plus dans le pouvoir que moi ? S’il craignait que j’utilise ses failles contre lui, alors que je n’ai jamais voulu que l’aimer ?


Et s’il avait peur de lui-même — peur de sa propre dépendance à moi, telle qu’il l’a déjà montrée ?

Et qu’il fuyait pour ne pas perdre le contrôle, pour ne pas s’oublier ?

Et s’il ne voyait pas que moi aussi, j’ai des objectifs, une vie, des projets ?

Et que l’on aurait pu, ensemble, se stimuler, s’élever, au lieu de s’effacer ?



Je n’en parle jamais. Mais ces questions me tiennent éveillée. Elles tapissent le fond de mes nuits, me hantent dans mes rêves.

Et pourtant…même dans la peur, même dans le doute, je continue à aimer.

C’est ma vérité la plus nue.

Parce que je ne peux pas les partager avec lui,

parce que je ne peux ni les adoucir,

ni les effacer à deux,

alors ce soir je les écris.

Je les déplie. Je les respire.

Parce que les peurs sont moins lourdes quand on les partage,

et que les poser ici, dans ces lignes,

c’était déjà quelque chose.

Une brèche.

Une lumière.

Un acte d’amour — pour moi.


Selene


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