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Le Poids des Trois Mots

Le Poids des Trois Mots

C’est fini.

Hier, je vous disais que les rêves sont des territoires mystérieux. Ils surgissent de notre inconscient, parfois doux, parfois cruels, comme des échos d’émotions que nous n’arrivons pas toujours à nommer. Celui que j’ai fait deux jours auparavant ne m’a pas laissée tranquille. Il m’a hantée toute la journée, m’a poussée, sans même que je ne le décide vraiment, à lui écrire hier. Comme si, en mettant des mots, en tendant une main dans le vide, je pouvais apaiser quelque chose en moi.

Mais ce message, suspendu à son silence, n’a rien calmé. Il a laissé en moi un besoin urgent de clarté. Une nécessité de voir, d’entendre, d’affronter enfin la réalité en face. C’est ce rêve, ce pressentiment, ce poids sourd qui m’a menée à faire ce trajet d’une heure et demie, avec cette tension dans la poitrine, cette incertitude : serait-il là ? Serait-il seul ? Ouvrirait-il la porte ?

Je n’en savais rien. Mais j’étais en mission. Je suis allée le voir avec la force des soldats. Avec l’espoir d’une explication, d’un regard, d’une reconnaissance. Avec aussi, sans doute, l’illusion qu’il ressentirait quelque chose en me voyant.


Je me suis retrouvée face à lui, avec ce poids qui me broyait la poitrine, cette question que j’avais posée, mais qui, au fond, n’était plus qu’un ultime espoir. Je savais, quelque part, que la vérité ne serait pas douce, que le fossé entre lui et moi s’était élargi bien avant ce moment, mais il fallait que je sache. Il fallait que j’entende la vérité, même si elle me brisait.

Il n’a pas voulu me parler au départ. Il est resté là, silencieux, comme une statue figée, presque distante, comme si son regard était emprisonné dans un passé qu'il refusait de libérer.

Je lui ai demandé comme une faveur, une supplique : "Dis-moi que tu ne m’aimes plus, que c’est fini."

Il m’a répondu, implacable, sans détour : "Je pensais avoir été clair dans mon dernier message."

Texte jamais en face. Et après une discorde. Il y a 7 mois.

Et là, je l’ai regardé, stupéfaite. Tout était resté écrit, sans le courage d’un véritable échange. Sans la transparence d’un face-à-face. Mais il continuait, sans même flancher.

Je lui ai répondu que ce qu’il trouvait clair, ne l’était pas pour mon cœur et mon cerveau, en conflit total. Parce que moi, quand je donne mon cœur, je le donne vraiment. Et cette histoire, notre histoire, elle avait été immense pour moi. Elle comptait, il fallait qu'il le sache.

J'avais besoin qu'il me dise, qu’il ne m’aimait plus… pour pouvoir avancer. J’avais besoin de cette vérité, parce que je n’y arrivais pas autrement. Mais il n’a pas cédé, il n’a pas pris la peine de chercher à comprendre.

Et là, il a juste dit, sans émotion, sans rien d'autre :

"C’est fini, Selene."

Je n’ai rien répondu tout de suite. J’étais là, pétrifiée, à regarder un visage que j’avais aimé et qui maintenant semblait aussi étranger que le vide qui se dressait entre nous. Ses traits étaient les mêmes, mais quelque chose en lui s’était éteint. Il était devenu un homme que je ne reconnaissais plus, figé, distant, sans chaleur.

Je lui ai demandé, une dernière fois, si tout ce que nous avions partagé n’avait plus de sens pour lui. "Est-ce que tu ressens encore quelque chose pour moi ?"

Il a répondu non.

C'était comme un coup de tonnerre. Le monde autour de moi s'est effondré en silence. Je me suis sentie vide, comme si un espace gigantesque se creusait en moi. Chaque parole, chaque regard qui m’avait fait espérer, m’avait maintenant laissée seule dans ce gouffre.

Le pire, c’est qu’il était là, de l’autre côté de cette distance, impassible. Je n'avais plus de place dans sa vie, plus de place dans son cœur. Et tout ça, en quelques mots. Une vérité dure à digérer. J'ai bêtement dit "d'accord" en gardant la tête haute et je me suis retournée, en essayant de ne pas trébucher, de ne pas m’écrouler sur place, lui offrant un spectacle auquel il n’avait pas envie d’assister. Tout comme ma venue, d’ailleurs.

En partant, je n'ai même pas pensé à récupérer ce gilet neuf et jamais porté que j'avais oublié chez lui. Ce détail, qui à un moment m'aurait paru important, n’avait plus de sens. Il ne m’appartenait plus. Il ne m'appartenait plus du tout.

Ce qu’il m’a laissé, c’est un silence lourd. Un silence qui résonne bien plus fort que tout ce que j’aurais pu entendre. Ce silence, son visage fermé, sa distance glaciale. Il a refermé la porte, et avec elle, il a emporté tout ce que j’avais cru être notre histoire.

Je me demande encore comment il peut être si froid, comment on peut éteindre une flamme aussi intensément. Mais je sais que je dois avancer. Même sans réponse. Même sans lui. Parce que tout ce que j’ai eu de lui, il ne m’en reste plus que des cendres.


J’aurais voulu lui parler de mon blog. De ce que j’ai créé, de cette passion qui a émergé en moi alors qu'il m’a laissée derrière. J’aurais voulu lui dire que malgré tout, cette nouvelle aventure, cette manière de poser mes pensées sur le papier, me donne un peu de force. Je voulais lui dire qu’il m’avait inspirée à partager, même si c’était difficile, même si je savais que son absence était l’une des raisons qui me poussait à m’exprimer ainsi. Mais à quoi bon ? Il fuit. Comment peut-on disparaître aussi facilement ? Comment peut-on se cacher derrière des mots glacés alors qu’on a partagé quelque chose d’aussi grand ?

Ce n’était pas moi qui m'échappais, j’ai déjà quitté quelqu’un avant. J’ai pris le temps de soigner cette relation, de l’envelopper avec tout ce que j'avais en moi. Mais là, il n’y avait pas de personne apaisée en face de moi. Il n’y avait pas l’homme que j’ai connu, celui qui me faisait sourire, qui avait cette chaleur, cette douceur. Non, c’était une statue, un juge rigide, implacable. Ce n’était pas le même homme.


Ce trajet d’une heure et demi jusqu’à lui a été long. Long et douloureux. Chaque minute, chaque kilomètre me pesait, me faisait douter. Mais je savais qu'il fallait que j’avance, que quelque chose devait changer.

Et là, ce fut l’instant des trois mots, glacés, qui ont fait voler en éclats tout ce que nous étions. C'est fini. Sans aucune ouverture vers ce que nous aurions pu être un jour.



Aujourd’hui, je suis là devant vous. Aujourd’hui, je prends acte. Aujourd'hui, je dois renaître. Cela fait sept mois de ma vie que j'ai donnés, sept mois où j'ai mis de côté mes amis, mes priorités, mes rêves, et tout ce que j’étais. J’ai tout donné. J'ai donné ce blog pour lui, pour moi. J'ai investi chaque parcelle de mon énergie pour qu'il soit là, pour qu'il existe. Mais aujourd'hui, ce blog, il est pour moi. Parce qu'il m'a affirmé, haut et fort, qu'il ne voulait plus être dans ma vie. Alors cette vie, aujourd’hui, je suis bien décidée à la reprendre, à la retourner, à la consacrer à ce qui sera vraiment important. À montrer à d’autres qu’il est possible de traverser la douleur, de renaître de tout ça, de reconstruire. Ce que j’ai vécu, je vais le transformer, en force, en lumière pour ceux qui en ont besoin. Parce qu’il n’y a pas de fin sans nouveau commencement. Et ce commencement, c'est maintenant. Enfin pas ce soir, j'ai besoin de pleurer et de disparaître une seconde fois.


Selene

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