Mon jardin n'est pas en friche
- Selene De Beaumont
- 23 mai
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 mai

Mon jardin n’est pas en friche
Il y a ce jardin. Celui où il est venu. Celui où il a ri, choisi des plantes avec moi, posé des gestes tendres, semé son amour sans le dire.
Un lieu devenu nôtre, sans que personne ne le revendique. Et puis il est parti.
Mais ce jardin, je ne veux pas le laisser en friche.
Pas comme ça. Pas comme cet amour.
Alors que je me promène dans ce jardin les pensées m'envahissent.
"Il y a un an, on plantait des choses ensemble. Il créait les bacs."
Aujourd’hui, j’en ai ajouté en plastique. Ma mère est venue planter des patates. Et même si son ombre douloureuse plane, je ne vais pas attendre jusqu’à voir mourir ce jardin.
Je vais replanter.
Ce jardin, il y a mis de l’amour aussi.
"J’avais l’impression que c’était devenu un peu le sien."
Et peut-être qu’il l’était, un temps. Mais il est resté. Et lui, non.
"Nous étions liés, pas seulement par des jeux, pas seulement par le désir et l'exploration. La nature, les plantes… c’est une part de lui."
Et cette part-là vit en moi maintenant. Même si elle me blesse, je suis heureuse qu’elle vive en moi.
Heureuse qu’il vive en moi comme ces journées de printemps — pour toujours.
Même si j’en souffre.
Et c’est ça, je crois, l’amour : malgré tout, choisir quand même de le vivre. Là où lui l’a fui.
Alors j’ai commencé. J’ai changé des meubles. J’ai déplacé des choses. J’ai décidé de ne pas figer ce lieu. Je ne veux pas sanctuariser la douleur.
Et oui.
"J’ai envie de lui dans ce jardin. Encore."
Mais je sais aussi que l’avoir à nouveau n’aurait de sens que s’il revenait changé. Présent en conscience. En vérité. En courage.
"Aujourd’hui, il ne sera plus le chemin. Seulement une pierre citée sur le chemin."
Je ne veux plus lui écrire. Plus jamais. Je ne veux plus justifier, espérer, retenir.
Je veux vivre. Pour moi.
Je suis fatiguée de l’aimer.
"Hier, une pulsion de vie. Aujourd’hui, une rechute. J’en ai marre."
Mais je continue. Même en tombant, même en pleurant. Je continue.
Et alors, dans ce jardin, je pose quelques mots. Pas une prière. Une vérité nue.

Et je m’en moque éperdument qu’il le lise et s’en gargarise. Peut-être que ça le fera chier. Tant mieux.
Parce que punaise : "jamais elle lâche."
Si elle le lâche, c’est que jamais son cœur ne sera sali par ses actes.
Un jour, sur le chemin, quelqu’un viendra l’éclairer. Si jamais lui ne sait pas y revenir en homme éclairé — pas en gamin stupide.
Selene









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