Scénarios Interdits #6 – Le professeur de théâtre — ou comment une porte verte peut révéler bien des secrets...
- Selene De Beaumont
- 8 mai
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 14 mai
Le professeur de théâtre — ou comment une porte verte peut révéler bien des secrets
Je l’avais croisé plusieurs fois. Toujours à la marge. Une silhouette qui passait, un regard qui effleurait. Il ne m’avait jamais vraiment parlé, et moi, j’étais restée à l’écart. Discrète. Curieuse. Peut-être déjà un peu hantée.
Mais ce matin-là, je l’ai senti différemment. Il était là, présent, presque trop. Sa manière d’apparaître, de se tenir dans le couloir, de me regarder comme s’il attendait que quelque chose se déclenche.
Je l’ai vu arriver, avec cette démarche si particulière. Une légère boiterie. Une faille discrète dans un corps solide. Et c’est peut-être ça qui m’a troublée d’abord : il avait tout du corps fiable, fort, musclé, celui qui encaisse, qui agit. Mais ce pas bancal venait tout fissurer. Le rendait plus humain. Plus profond. Et diablement attirant.
Il portait une chemise claire qui collait juste assez aux bras pour qu’on devine les muscles, le dos bien dessiné. Son jean soulignait des hanches étroites, une tension dans les cuisses. Il bougeait avec précision, malgré cette dissymétrie. Une beauté brute, pas lisse.
J’avais envie de le mordre.
Ses cheveux étaient châtains, courts, toujours un peu désordonnés. Et ses yeux… bleus. D’un bleu presque liquide, clair mais dense. Il regardait sans parler. Et ce jour-là, il ne me lâchait pas. Chaque fois que je levais les yeux, je tombais sur lui. Son regard me retenait, me testait. Il savait.
J’étais venue accompagner un groupe de jeunes adultes en situation de handicap.
Il animait un atelier théâtre. Il les a mis à l’aise d’une manière qui m’a bouleversée. Pas de mièvrerie. Pas d’exagération. Il leur parlait d'égal à égal, ni au-dessus, ni en dessous. Il les faisait rire, bouger, improviser. Il écoutait avec une patience calme, et quand il se penchait pour aider l’un ou l’autre, ses gestes étaient précis, jamais brusques. Il avait cette façon rare d’être là tout entier, sans surjouer sa présence.
Et moi, je le regardais. De plus en plus. Son dos qui se cambrait quand il écrivait au tableau. La ligne de ses épaules quand il se retournait. Ses mains, fermes et sensibles. J’avais envie de ces mains sur moi. J’avais envie de lui. Animalement. Crûment. C’était plus fort que moi.
À la pause, on s’est retrouvés près de la table de collation. Il y avait des jus, des compotes… et des biscuits animaux. J’ai souri, un peu trop.
— “Et nous alors ? On a le droit au lion et à l’ours ou il faut avoir bien récité son texte ?”
Il a tourné la tête vers moi, les lèvres déjà prêtes à sourire.
— “Je peux faire une exception. Mais attention, deux biscuits maximum. L’excès de sucre rend les adultes incontrôlables. Sinon je vous envoie en impro punitive.”
— “Tant pis. J’suis déjà incontrôlable, et je suis bonne en impro. Alors je veux l’éléphant. Et le panda. Pour commencer...” Je le défiais du regard.
Il a pris une serviette, m’a tendu les deux formes choisies. Nos doigts se sont effleurés. Ce n’était pas un contact. C’était un accord.
Je suis partie un peu plus tard. Prétexte : les toilettes. En réalité, j’étais déjà en feu. Et j’espérais. Peut-être même que j’étais certaine.
Il m’a suivie.
Je ne l’ai pas entendu venir, mais je l’ai senti. Il s’est glissé dans le couloir désert, m’a rejointe presque à hauteur. Sa voix, grave, posée, derrière moi :
— “C’est juste après la porte verte.”
Il n’avait pas besoin d’être là. Pas de raison valable. Mais il y était. Et moi aussi.
Il a ouvert la porte. Lentement. Trop lentement. Je suis passée. Et il est resté. Une seconde. Une seule. De trop.
Je me suis retournée. Je l’ai saisi par la ceinture. Brutalement. Inconsciemment. Instinctivement. Et il est tombé sur moi.
Ses lèvres ont fondu sur les miennes, un baiser de besoin, de feu, de violence douce. Un baiser qui disait “Je ne peux pas faire autrement.”
Il a refermé la porte du pied. Et le monde s’est effacé.
Ses mains sont venues immédiatement. Mon dos. Mes hanches. Ma poitrine. Il m’a poussée contre un mur, le souffle saccadé. Nos corps se frottaient, se pressaient, s’appelaient.
Puis, sans prévenir, il m’a prise par la taille et m’a hissée. D’un mouvement sûr, rapide. Il m’a posée debout sur la cuvette des toilettes fermée, le visage à hauteur de mon ventre. Ses mains ont écarté ma jupe. Il a glissé ma culotte de côté. Et sans un mot, il m’a dévorée.
Sa langue s’est posée comme un ordre. J’ai basculé la tête en arrière, une main contre le mur pour ne pas tomber, l’autre agrippée à sa nuque. J’étais bloquée, à peine capable d’écarter les cuisses à cause de la position, et ça rendait tout encore plus intense. Il me léchait avec précision, comme s’il voulait boire chaque battement de mon sexe. Et moi, je tremblais.
Mon premier orgasme est venu vite. Brutal. Profond. J’ai gémi bas, rauque, presque en colère. Il m’a tenue jusqu’au bout, ses mains fermes contre mes cuisses.
Puis il s’est redressé. Il m’a regardée. Il avait les lèvres humides, les yeux plus sombres, la mâchoire serrée.
Il m’a soulevée à nouveau, me redescendant de la cuvette comme si je ne pesais rien. Et dans le même mouvement, il m’a plaquée contre le mur d’en face.
Mon dos a claqué doucement contre le carrelage. Il a défait sa braguette. J’ai glissé la main pour le libérer. Son sexe était chaud, dur, palpitant. Il est entré en moi d’un coup. Profond. Et j’ai haleté, surprise, traversée.
Il m’a tenue là, suspendue entre ses bras et son bassin, s’enfonçant en moi avec lenteur, avec force, comme s’il me réapprenait. Mon souffle se brisait à chaque coup de reins. Nos fronts se touchaient, nos bouches se cherchaient. C’était brutal et sacré à la fois. Comme si on réparait quelque chose. Ou qu’on le brûlait.
Je me suis accrochée à lui. J’ai joui une deuxième fois, fort, en tremblant, le souffle déchiré dans sa gorge. Il m’a suivie presque aussitôt. Un râle grave, un spasme profond. Il a posé son front contre mon épaule, encore en moi, les bras tremblants.
On est restés comme ça. Longtemps. Puis il m’a redéposée. A remis ma culotte, ma jupe, comme un rituel silencieux. M’a recoiffée du bout des doigts.
Il s’est rhabillé sans un mot. Puis il m’a regardée.
— “Je ne devais pas. Mais je crois que je ne pouvais pas faire autrement.”
Je l’ai regardé, haletante, défaite, offerte encore.
Et j’ai simplement soufflé :
— “Moi non plus.”
Selene







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